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Bonne question ! Tiens, j'avais écris un texte humoristique sur ma découverte de la musique quand j'étais gamine.
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L'enfant du rock
J’avais deux ans. À cet âge-là, mes préoccupations premières auraient dû se résumer à ces quelques phrases : « Où est le pot ? Vais-je parvenir à l’atteindre avant qu’il ne soit trop tard ? Quand est-ce qu’on mange ? » Mais en cette journée ensoleillée du printemps 1968, ma vie a changé. Maman, gracile créature aux mains douces, passait l’aspirateur en bottant nonchalamment dans l’un des nombreux jouets que j’avais encore laissé traîner sur le tapis du salon. Normalement, j’aurais dû piquer une crise d’hystérie. Je ne l’ai pas fait.
Planqués dans le vieux transistor beige que mes parents avaient ramassé aux ordures, des gens chantaient quelque chose qui ressemblait à « doniou ouante sambalitoulof ». J’aimais ça. Assise inconfortablement sur ma chaise haute, je dodelinais fiévreusement du ciboulot sans avoir le moindrement conscience qu’à cette hauteur-là, mon petit jeu puéril mettait ma vie en danger. Diantre, que c’était bon ! Il fallait que j’aille le leur dire, que je parvienne à entrer dans ce truc en plastique pour remercier les musiciens de m’avoir fait découvrir un univers sonore autre que les « oh, mais c’est qu’il est mignon le bébé à sa manman ! » que tout le voisinage me postillionnait au visage dès que je mettais le nez dehors.
À deux ans, la plupart des gamins beuglent stupidement sans trop savoir pourquoi. Ils veulent une banane ? Ils hurlent ! Ils n’en veulent plus ? Ils hurlent ! Moi, ça faisait belle lurette que j’avais compris à quel point les cris stridents d’une bambine colérique pouvaient être une arme redoutable. Aux tentatives désespérées de papa et de maman qui voulaient absolument me faire bouffer des horreurs qui me répugnaient, je n’opposais qu’une moue si dédaigneuse qu’elle achevait de les convaincre qu’ils étaient des parents indignes. Je prenais grand soin de ne pas gaspiller mes hurlements pour des raisons futiles, je les économisais pour les grandes occasions. Aujourd’hui en était une. Il fallait absolument que j’aille à la rencontre des gens dans le poste. Mais pour ça, j’avais besoin de ma mère, qu’elle me libère de ma prison dans les airs, qu’elle me descende à terre. J’ai donc inspiré un bon coup. Puis j’ai hurlé si fort qu’elle en a lâché l’aspirateur. « Qu’est-ce qu’il y a, mon bébé ? T’as faim ? Caca ? Tu veux descendre ? » Bingo ! À deux ans seulement, j’étais déjà un génie, l’as des as de la manipulation !
Maman m’a descendue, puis s’en est retournée à ce que la femme sait faire de mieux après la cuisine : le ménage. Moi, j’ai foncé vers le poste de radio. Ils étaient encore là, je les entendais. Mue par ce désir dingue de les rejoindre, j’ai frappé de toutes mes forces ma tête contre la boîte en plastique. Elle s’est alors cassée en deux, et la musique s’est arrêtée. Passées les premières secondes de stupeur, j’ai poussé un cri tel qu’on a dû l’entendre jusqu’en Chine ! Maman a accouru, m’a prise dans ses bras, m’a murmuré quelques mots que je ne comprenais pas, mais j’étais inconsolable. J’ignore ce qui me faisait le plus mal. Cette bosse brûlante que j’avais maintenant sur le front, la musique que je n’entendais plus, ou ce sentiment insupportable d’être responsable de la mort des gens dans le poste. Ce n’est que des années plus tard que j’ai su que les membres de Jefferson Airplane avaient survécu à mon agression.
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