Histoires de guitares

Pour y papoter de tout et de rien, parler de ce que vous écoutez en ce moment, délirer, s'amuser...

Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 03 Jan 2015, 17:56

Bon. Vous l'aurez voulue, cette horrible histoire.

J'entretiens un lien étroit avec mes instruments: ils communiquent d'une certaine manière avec moi, quand un coup leur arrive, c'est qu'une catastrophe va me tomber sur la tête:
-ma mandoline ultra rarissime à double table d'harmonie, posée depuis 6 ans au même endroit est un jour tombée et s'est disloquée en pièces, sans aucune raison, le lendemain je divorçais.
-ma strato a glissé de la lanière et est tombée sur le cul (là où la sangle s'accroche, gros pet) le jour où j'apprends le cancer de mon père, dont il mourra.

Or donc un jour, un pote me demande de participer à son prochain film "Fièvre et sang" qui est l'histoire d'un guitariste à qui on coupe la main en représailles et vengeance de je ne sais plus quelle mauvaise action. Je devais m'occuper de pousser la "dolly" qui est une lourde machine à roulettes où l'opérateur et la caméra sont perchés. c'est un engin complexe, lourd et coûteux, le "volant" est percé de trous où l'on doit impérativement enfoncer les doigts pour pouvoir le faire tourner.

On récupère la "dolly" un jour avant pour voir comment ça marche et mon pote me demande de lui prêter pour le tournage ma strato, ma petite chérie, mon unique et aimé trésor rouge. On passe l'aprèm à essayer de comprendre comment installer tous les bidules de la dolly, je pose ma strat dans le camion et je rentre chez moi à 60kms, demain on tourne.

Dans la nuit, horrifié, je me réveille d'un coup:" Putain la guitare, où elle est? Je l'ai oubliée! laissée dans le camion, au froid, seule, elle doit se sentir trahie, abandonnée, elle a peur !"

C'est la seule et unique fois où ça m'est arrivé !

pas rassuré, le mâtin, vite vite je téléphone au pote qui va voir : "oui, elle est là, t'inquiètes pas!" J'étais bien embêté d'avoir pu OUBLIER ma guitare, comment c'est possible? C'est la faute à cette putain de machinerie de dolly...

Bref: on tourne: dans un bar du village de Mirabeau, joli mais bien isolé, un dimanche après-midi. Le réglage du plan est compliqué, faut pivoter sur l'axe, avancer de cinq pas, élever la caméra, recompter 8 pas, faut recommencer plusieurs fois, avec la dolly on arrive trop tôt, ou trop tard, et quand c'est bon de notre côté, c'est le comédien qui oublie son texte .

A un moment, perplexité du réa, on fait une courte pause: je lève mes gants, et comme j'ai chaud aux doigts, j'envoie en l'air un des gants qui tombe "comme par magie" sur un axe de la dolly, résultat: le gant me "fait un doigt" ce qui nous fait tous rigoler, le faire exprès eut été impossible, une chance sur 100 millions qu'il tombe et s'enfile sur cet axe pointant vers le ciel. Au même instant, un fenêstron du bar s'ouvre tout seul et la vitre se brise en mille morceaux ! Sans raisons, c'était à l'opposé de là où on tournait.

Bon, enfin, bref, le réa se reprend, on y retourne, 13ième prise, voui, c'est à la treizième prise que la cata a eu lieu: "Coupez !"
A chaque fois qu'il a dit "coupez" l'opérateur est resté sagement perché là-haut, et moi en bas; sur cette "coupe" l'inconscient caméraman à eu une velléité d'indépendance, il a voulu tester quelque chose...moi, de mon côté, comme on a dit "coupez" et que quand "c'est coupé, c'est coupé" (ce qui veut dire "relâche") j’ôte les gants (chaleur des projecteurs) et je prends une pose de repos, une main posée sur ce volant d'où il ne faut surtout pas sortir les doigts...le caméraman à eu l'idée de descendre , il est tenu en l'air grâce à un vérin surpuissant et ULTRA SILENCIEUX, on rigole pas avec le SILENCE au cinéma. Ceux qui ont suivi jusqu'ici ont compris: mon pouce a été coupé net et s'est retrouvé par terre ! pour un guitariste, ça la fout mal, ça fait mal, et je n'ai pensé qu'une chose: "Mon Dieu, fini la guitare!" Je récupère le doigt et je le remet à sa place en serrant avec l'autre main, comme si j'avais voulu qu'il se recolle, les pompiers bénévoles sont arrivés de très loin en cette fin de dimanche après-midi, l'heure des catastrophes de fin de week-end...je vous passe les désagréments de la reconstruction, couture du doigt, convalescence, et les déboires avec l'assurance...(bénévole sur un tournage)

En mode "écriture scénaristique" ça donne à peu près ça:

Monsieur-Hulot
" docteur, vous ne me donnez que 2% d'invalidité ? "

Le docteur
"C'est bien assez, vous êtes blessé de la main gauche, mais vous êtes droitier."

Monsieur-Hulot
"Mais docteur, je suis guitariste! "

Le docteur
"bon, allez, 3%, bon poids, et n'en parlons plus"

Monsieur-Hulot
"Merci docteur, vous êtes bon...qu'il est bon ce docteur !"

c'était il y a 10 ans et j'ai toujours mal à ce doigt... :respect: comme il a fallu ré-opérer, il est plus fin et plus long que "l'autre", le normal, le valide, le gros, le droit, du coup je peux bloquer la corde de Mi en passant par dessus le manche comme Hendrix !

Pour info, et après visionnage de la bête, la dolly, il n'y avait que la place pour une feuille de papier à rouler les cigarettes là où mon pousse est passé !

un exemple de dolly, ça monte haut, on voit bien le vérin, au premier plan à droite, le volant avec les trous où l'on doit enfoncer les doigts, le fauteuil au second plan, la rencontre des deux tranche comme le jambon chez votre charcutier !
Image
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Dark Pink » 03 Jan 2015, 18:36

On dit toujours par politesse qu'on compatit aux histoires de blessures. Mais là ! Crois bien que ma compassion est totalement sincère, j'en ai mal aux paluches pour toi. J'ai une trouille bleue de tout ce qui pourrait me bouziller les pattes. On n'a pas idées de fabriquer des engins pareils.
Détail consternant dans sa coincidence: dans la fin, que j'écris en ce moment, ya une histoire de main coupée 0-)
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Re: Un conte de Noël

Messagepar zuma » 03 Jan 2015, 18:45

Coeurs brisés, cancer, amputation... Un conte de noël bien horrible avec ce happy end improbable : la main gauche de M. Hulot refaite comme la main droite de Jimi Hendricks ! 0-) Le chirurgien était soit bourré, soit la bonne marraine de l'histoire. Je crois que je vais vomir...
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 03 Jan 2015, 18:50

et tous ces indices que je "n'ai pas écoutés" :

-le titre du film: Fièvre & sang
-l’histoire du film: on coupe la main à un guitariste
-j'oublie ma guitare ! ! !
-le vasistas qui s'ouvre et se brise
-prise n° 13
-le gant qui tombe en me montrant un doigt
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Re: Un conte de Noël

Messagepar zuma » 05 Jan 2015, 08:22

Je me disais que j'avais vu le pouce de M. Hulot quelque part. C'était le 22 décembre, dans "Vous vous sentez comment".
Finalement, il a la classe ce pouce :respect:
Monsieur-Hulot a écrit:Hier, à La Ciotat...le pouce de Mr. Hulot...
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 05 Jan 2015, 10:27

Et encore, t'as pas vu l'autre, le GROS ! On dirait Russel Crowe à côté de Stan Laurel :-)) :-)) :-))
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Re: Un conte de Noël

Messagepar dada52 » 05 Jan 2015, 10:52

Je suis sincèrement désolé de ce qui t'est arrivé. Ca m'a fait vraiment mal de te lire....
Nom de Dieu, ce que tu as du avoir mal.... J'espère que ça va mieux maintenant?
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 05 Jan 2015, 11:09

Merci Dada, disons que presque 10 ans après, j'ai le doigt extrêmement sensible au chaud et au froid ,je fais gaffe avec les tasses à café et quand je joue avec les chats, il est, pour mon cerveau, impossible, inacceptable, inenvisageable, de me faire griffer à l'extrémité, j'en frémis rien que d'y penser, et, chose surprenante, quand je monte ou descends un escalier, je met toujours ce pouce à l'intérieur de ma paume, je ne peux concevoir de tomber dessus. L'horreur ça été la première nuit, je me tapais littéralement, la tête contre le mur de douleur (l’anesthésie finie ... ouh lala ) puis les deux mois de "pelage" par l'infirmière du doigt mort pour que l'autre, dessous puisse repousser, brr...ça c'était pas agréable. Je me plains, mais dans la salle d'attente, quand je voyais les blessures des autres, je me plaignais moins 0-) un truc "rigolo", il était resté sur le visionneur néon des radios, la radio du mec avant moi, une simple chute de rando, le majeur à l'équerre parfaite, à 45° des autres :))
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Dark Pink » 15 Jan 2015, 19:40

Dernier épisode:
Langues O
Pour l’étudiant en anglais que je suis devenu malgré moi - je n’ai pas quitté les études après la troisième, j’ai eu le bac malgré ma mauvaise volonté et j’ai du mal à l’avouer, mais j’ai aimé être lycéen - une chose s’impose : un séjour linguistique. Mon aversion pour les voyages a été vaincue quand on m’a laissé entendre que je finirai par aller en Angleterre comme jeune homme au pair :
- Un mec comme toi, aîné d’une famille nombreuse qui se démerde dans toutes les situations avec des gamins de tous âges, c’est une denrée recherchée ! Tu pourras passer un an gratos chez les rosbifs. Quand tu reviendras, tu causeras l’anglais comme The Queen et après, tu pourras devenir interprète et voyager dans le monde entier ! L’allemande qu’on a hébergée pendant un an, elle est devenue interprète, elle nous envoie des cartes postales de partout !
Ainsi parlait Alain, mon pote de toujours, pensant me convaincre d’aller vivre pendant une durée monstrueuse ailleurs qu’ici ! En plus, il avait raison, chanceux comme je suis, ça me pendait au nez.
J’avais donc préféré faire semblant de postuler pour jeune homme au pair (« Ils t’appellent pas pour le poste à l’étranger ? – Non, c’est bizarre, ils veulent p’têt que des filles… ») et j’avais bossé chez un couvreur pour avoir les quelques sous qui me permettraient d’aller 15 jours, pas plus, à Londres. Je comptais bien gonfler ce séjour à un mois ou deux en l’inscrivant sur un éventuel C.V.
J’avais entraîné Alain dans le « trip ». Faut pas non plus pousser, j’allais pas y aller tout seul, quinze jours, c’est déjà bien long. Directement sortis de Victoria Station, on avait foncé à l’auberge de jeunesse d’où on était sortis aussi vite qu’on y était entrés :
- Vous n’avez pas de carte et on est complets pour les trois prochaines semaines, il aurait fallu réserver.
Au départ, on croyait qu’il suffisait de dire : « Bonjour ! On est jeunes ! » pour qu’ils répondent : « OK, on va vous héberger. » L’Hôtesse nous avait donné l’adresse d’un hôtel sur Holland Park Avenue qui pourrait nous convenir. Un hôtel pour jeunes, constitué en dortoirs non mixtes de 8 ou 10 lits. Une sous-auberge de jeunesse en moins cher. Pour des fauchés comme nous, c’était parfait.
La première semaine se passe entre Portobello Road et ses boutiques de bric à brac, le magasin Virgin de Notting Hill Gate, les machines à sous de Piccadilly et Hyde Park où on va écouter quelques speakers debout sur des chaises qui engueulent le gouvernement et tous les gratteux qui se présentent. On est jaloux, on n’a pas pris de guitare pour être légers en prévision du stop qu’on ferait pour rejoindre la région des lacs dans le nord du pays et ça nous manque cruellement. Quinze jours ailleurs, ça me soûle déjà pas mal, mais quinze jours sans guitare, c’est carrément de la torture.
Le soir, on discute dans la salle commune en anglais de cuisine avec les gens qui représentent plus de 20 nationalités. Si on les considère, l’idée selon laquelle les français sont des quiches en anglais et tous les autres ne le sont pas est totalement fausse. Avec deux suédoises, serveuses dans leur pays, qui citent Shakespeare, je suis le seul à causer à peu près correctement l’anglais. On y joue de la guitare mais pas moyen de s’en faire prêter une pour cinq minutes. J’ai l’impression que je n’ai pas une tronche de guitariste, j’ai pourtant les cheveux plus longs que tout le monde ici…
On va payer la chambre à l’avance tous les jours dans le bureau du gérant qui est français. C’est là où je l’ai rencontrée. Son rire sonore a interrompu la conversation impérissable que j’avais avec le patron de l’hôtel. Elle m’expliquera plus tard qu’elle avait préparé une phrase parfaite en anglais pour demander une chambre pour elle, sa copine et son frère et que le son de nos voix toutes deux teintées de parigot l’avait écroulée.
Je me retourne et, pendant que nos amis respectifs descendent aux chambres, nous nous mettons à discuter tout doucement, gentiment, comme si on se connaissait depuis longtemps. Elle élève la voix, puis parle tout bas, secoue ses longs cheveux et sa frange puis plisse les yeux pour dire qu’elle aime les arpèges quand je lui dis que je joue de la guitare. Elle étudie le chinois. Un jour, elle ira en Chine, mais pas en Chine populaire, à Taiwan. Je fais du théâtre et de la musique, elle serait ravie de me voir jouer. Elle a une guitare classique mais elle se trouve très peu douée, quand on rentrera en France, elle me la prêtera et je lui donnerai des cours. Quand on rentrera… Justement ! J’ai l’impression qu’on a envie de rentrer maintenant tous les deux. Elle est venue là pour faire visiter Londres à son frère qui est nul en anglais et moi parce que j’y suis quasi obligé, rapport à mes études, mais comme rendre son frère meilleur en Anglais semble une cause perdue et que ma motivation pour les voyages est inexistante…
On serait bien restés là à causer toute la journée, mais le petit frère remonte des chambres pour houspiller sa sœur : « Mais qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu lui causes ? On le connait même pas ! »
Alain est remonté lui aussi mais il me connaît bien, quand il a m’a vu discuter les yeux brillants avec Cécile, c’est son prénom , il a attendu sans rien dire en se marrant discrètement. Quand on se retrouve tous les deux, il m’attaque l’air amusé :
- C’est dommage qu’on parte demain, t’as fait une touche, on dirait.
- Ah ? Tu crois ? T’es sûr qu’on est obligés de partir demain ? On peut pas rester quelques jours de plus ? On n’a pas vu grand-chose de Londres, tout compte fait…
- Me dis pas de conneries. Tu connais même pas les monuments de Paris, t’en a rien à foutre de ceux de Londres ! C’est la nana qui te donne envie de rester !
- Ouais, d’accord, c’est vrai, mais on s’est mis à causer si vite et si bien, c’est rare ça !
- OK, t’es amoureux, on reste.
Avoir un bon pote, c’est irremplaçable.
A partir de ce moment, je passe mes journées à visiter la ville en attendant impatiemment le soir. On passe par Hyde Park à chaque retour pour glaner éventuellement quelques minutes de guitare, en vain.
A part Cécile, les deux autres voient d’un très mauvais œil notre proximité et refusent de changer leur planning de visites prévu à l’avance. Dès qu’on se retrouve dans la salle commune ou la salle de télévision de l’hôtel, je finis toujours à côté d’elle et elle semble apprécier ma compagnie.
On voit « Teach In » pour la Hollande gagner l’Eurovision avec « Ding ding dong » et les Shadows finir deuxièmes pour l’United Kingdom dans une salle comble où la rigolade polyglotte et faussement chauvine rend la soirée vraiment sympa. Mais pour l’intimité, on fait mieux…
Un soir où est diffusé très tard un film d’horreur, une sombre histoire de main coupée de peintre assassiné qui venge son « maître » en zigouillant le meurtrier et ses complices, Cécile reste soi-disant pour le regarder et j’en fais autant, le petit frère qui prend son rôle de chaperon trop au sérieux nous laisse enfin sans surveillance ! La main qui se déplace comme une araignée terrifie Cécile qui se blottit contre moi et me plante ses ongles dans le bras. Je suis aux anges et lui vole un baiser sur les cheveux car elle finit par s’endormir sur mon épaule. Nous n’irons pas plus loin ce soir-là car nous nous endormons l’un contre l’autre.
Le lendemain, m’étant rapproché une fois de plus d’elle, je pose ma tête sur ses jambes, elle sourit et se penche pour m’embrasser, enfin… Mais le frangin fait irruption dans la pièce et hurle :
- Ah mais ça va pas du tout, ça ! Si ça continue, j’vais l’dire à Pôpô !
Il prononce ses « a » comme un chti. Il me donne envie de rire et de lui flanquer une paire de tartes, mais l’air très ennuyé de Cécile me retient, visiblement, « Pôpô » n’est pas un marrant !
Effectivement, de retour en France, quand je tourne bien fort la sonnette mécanique qui ressemble à un clé au milieu de la porte de l’appart où habite Cécile, son lourdaud de frère et ses parents, c’est Pôpô qui ouvre et qui m’engueule directement :
- Ca va pas bien chez toi ?! Tu veux casser la porte ou quoi ? On n’est pas sourds !
Courageux mais pas téméraire, je lui sers mon sourire « Cohn-Bendit », travaillé d’après la célèbre photo, que je ne peux réprimer quand je me fais engueuler par qui que ce soit « ayant autorité » et à qui une réplique me serait plus dommageable que bénéfique.
Ce jour-là, Cécile m’offre sa guitare. Elle annonce clairement me la prêter mais tous ses gestes indiquent qu’elle me la donne et j’en suis très touché.
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On se revoit plusieurs fois ensuite mais on n’est jamais seuls. Et elle finit par partir pour un an en Chine…
Pendant toute cette année, je travaille ces fameux arpèges qui lui plaisent tant, du moins je le crois. Je finis par apprivoiser le manche large et épais de cet instrument classique et l’action haute ne me fait plus peur. Je me mets même à tricoter un peu de picking.
Nous correspondons par aérogrammes, ces enveloppes bleues sur l’intérieur desquelles on écrit puis qu’on replie et qu’on colle. Ils mettent souvent deux semaines à arriver, les « nouvelles » ne sont jamais très fraîches… J’ai appris à écrire « Je t’aime » en chinois bien longtemps avant de la connaître par un copain étudiant en langues-O lui-aussi et j’en ai tagué un paquet de mes 45 tours, mais jamais je n’ose le lui écrire.
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Alain, qui ne voit le monde de la guitare classique que par sa « Vincent Genod », est bien obligé d’admettre que ma « Jacques Camurat » d’étude a un bien joli son. C’est sur cet instrument que je compose ma toute première mélodie en arpèges après des années passées à reproduire les chansons des autres. Elle n’est ni géniale ni originale : DO, FA, SOL ! Mais ce sont mes DO, FA, SOL à moi. La chanson figure sur l’unique 45 tours de mon « groupe ».
Quand Cécile revient de Chine, nous savons tous les deux que « le cœur n’y est plus » mais quand je lui propose de lui rendre sa guitare, elle me dit de la garder « en souvenir ».
Je l’ai de puis tout ce temps et l’utilise régulièrement, mes enfants aussi. Elle sonne toujours aussi bien et ne réclame que des cordes neuves de temps en temps.
Je composerais bien une petite chanson douce avec, un peu country-folk qui dirait un truc du genre :
J’aurais voulu être une rock star.
Je ne suis qu’un mec de banlieue
La tête remplie par des histoires
Que lui racontent ses vieilles guitares.

Sur DO, FA, SOL ; évidemment.
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 15 Jan 2015, 20:35

Oh, c'est beau .... :-(( merci !
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Danzik » 15 Jan 2015, 20:59

:coucouz: Sympa de pouvoir s'évader, de rêver avec cette jolie histoire et cette touchante fin. C'est la magie de la lecture. :)
Le Grand Bazar Vinylique des 45 tours EP's & SP's : "Elle est pas électrique ta guitare... c'est une vieille, elle est encore à vapeur !" Dupont et Pondu (1964) - C.V. viewtopic.php?f=31&t=141
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Re: Un conte de Noël

Messagepar zuma » 16 Jan 2015, 07:51

Ah... la jeunesse de Dark Pink !
Je découvre ton texte ce matin et tu vois, ma journée démarre bien. Merci.
Avec ton cœur de guitariste et ta justesse d'écriture, que ta musique doit être belle !!!
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Re: Un conte de Noël

Messagepar dada52 » 16 Jan 2015, 09:52

Merde alors, c'est qu'il me ferait pleurer lui. très chouette histoire.
Merci pour le voyage très agréable avec Cécile (prénom de ma fille).....
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Monsieur-Hulot » 16 Jan 2015, 16:57

et patronne des musiciens !
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Re: Un conte de Noël

Messagepar Dark Pink » 17 Jan 2015, 11:54

Merci les mecs pour vos commentaires.
Pour les prénoms, je les ai tous changés vu que je n'ai rien inventé dans les histoires. Pour les fille, j'ai mis des prénoms que je trouvais beaux et qui collaient bien avec les personnes évoquées. Il y a beaucoup de beaux prénoms féminins :lovemauve:
J'ignorais que Cécile patronnait les zicos. Ca lui va bien, je trouve.
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