Pablitta a écrit:[q
Soit mais je n'ai pas les réponses à mes interrogations :
- pourquoi les 4 présidents qui ont succédé à Mitterrand ont-ils continué à désindustrialiser sciemment maintenant que le PC n'est plus une menace ?
- en quoi l'économie de service est-elle vouée à l'échec ? Un bien a-t-il besoin d'être matériel pour conduire une économie au succès ?
-pour la définition de l'état, pas sûre que ce soit le bon mot dans ce contexte précis de raisonnement.
Un état ce sont en effet les institutions mais les institutions ne produisent rien il me semble, si l'on parle bien du point de vue économique (?). Par conséquent dire qu'un "état qui ne produit plus est voué à l’échec" me semble inexact.
Je peux te donner quelques réponses assez précises sur ce point qui viennent de mes lectures et de mes écoutes sur ce sujet
C'est assez long désolé mais c'est je crois nécessaire pour argumenter le point de vue
Pourquoi avons nous désindustrialisé L'origine remonte en fait à Giscard qui a constaté deux choses :
1) la crise pétrolière
2) l'arrivé de la division mondiale du travail
Il a estimé que la production n'était plus un secteur d'avenir car cela demandait trop d'énergie et qu'à l'avenir on ne serait plus compétitif avec des pays à faible coût de main d'oeuvre.
Tachter pensait exactement la même chose tout comme Reagan d'ailleurs.
Entre temps les Américains ont changé d'avis contrairement à l’Angleterre et à la France mais je ne vais pas insister là dessus.
Pour Giscard et ceux qui ont suivi (Mitterand et Chirac au moins) l'avenir était à l'économie du service ainsi qu'aux secteurs de la recherche et du développement car ils avaient l'avantage de ne pas être délocalisable et ils étaient générateurs de gros gains financiés . Cette logique a par exemple été incarné jusqu'à la caricature par Alcatel et son projet de groupe sans usine.
Pourquoi est ce que cela a échoué Plusieurs erreurs expliquent cet échec (car s'en est un)
1) la première erreur a été de croire que les pays en développement resteraient de simples usines à fabriquer des objets bas de gamme.
Aujourd'hui les produits chinois concurrencent les produits Allemands par ex (d'où leurs difficultés actuelles).
Plus grave encore les pays en développement sont aussi ceux qui innovent le plus actuellement.
Ils déposent beaucoup de brevets ou rachètent des groupes pour avoir leurs brevets (ce qui est encore plus simple)
La calcul initial de Giscard qui pensait qu'on allait laissé produire " la merde" ailleurs pour se garder la belle tranche du gâteau s'est avéré être faux.
2) La seconde erreur a été de penser qu'une économie du service pouvait exister sans l'industrie.
Or si l'industrie disparaît vous avez tout un pan de l'économie de service qui est lui aussi menacé.
Quelques exemples (parmi tant d'autres) : la formation, le nettoyage, les cabinets comptables l'informatique..
Vous le voyez de manière concrète dans n'importe quelle ville. Lorsque l'industrie ferme, les petits commerçants ne tardent pas à mettre la clé sous la porte, eux aussi.
Pour que de grandes entreprises, créatrices d'emplois existent dans le domaine des services il faut des grands clients en face et les grands clients sont essentiellement des entreprises industrielles.
Notre tissu économique s'est donc appauvrie en même tant que le pays s'est désindustrialisé.
3) troisième erreur c'est l'erreur politique : L'industrialisation de la société a eu comme conséquence de crée une grande classe moyenne en France qui a longtemps été le poumon de notre modèle social
Or la division mondiale du travail a conduit à l'appauvrissement de ses classes moyennes.
Il existe aujourd'hui des études qui prouvent que c'es la classe moyenne des pays occidentaux qui a payé, au premier chef, la désindustrialisation.
Or, comme je l'ai dit plus haut la classe moyenne, c'est le coeur de la société. Ce sont eux qui font réellement tourner la machine. Ils payent les impôts, les cotisations pour financer le modèle social, ils sont la grosse majorité des consommateurs etc..L'affaiblissement de la classe moyenne a peu à peu conduit tout le pays à la crise. Crise des équilibres budgétaires, crise du modèle social, crise du modèle familial et même culturel..tout a été chamboulé en 50 ans.
Il y a encore beaucoup d'autres raisons et peut être un calcul politique de certains mais selon moi les principales sont celles que j'ai expliqué plus haut.
Pourquoi ne revient-on pas en arrière ? C'est évidemment la vraie question et beaucoup de gens poussent à ce revirement depuis longtemps. Polony ou Montebourg par exemple..
L'exemple le plus parlant est celui de Montebourg qui s'est beaucoup battu mais a échoué à imposer son point de vue
Pourquoi?
Là encore la raison est simple.
La division mondiale du travail profite avant tout aux multinationales qui produisent dans les pays moins développés pour vendre aux pays développés (pour faire simple).
Pour eux il n'y a aucun intérêt à revenir en arrière. ils font donc pression pour que des lois qui déboucheraient sur une réindustrialisation de la France ne soient jamais votées ou même discutées.
Ces lois seraient simples : Plus de protectionnisme (un concept sur lequel il serait intéressant de revenir car on se rendrait compte que les chinois par exemple font énormément de protectionnisme avec des méthodes efficaces mais cachées), une refonte de la loi sur les brevets, des renationalisations (eh oui..), des mises en place de barrière écologique etc..
Toutes ces lois ne seraient pas à l'avantage des multinationales qui font donc du chantage à l'emploi pour éviter que ces projets ne soient même sérieusement discuté par la classe politique.
Cette méthode est très efficace, car même si on a beaucoup perdu d'emploi, le secteur industriel représente encore 10% du PIB et environ 3 Millions de salariés en France.
C'est pas rien.
Malgré tout le modèle ultralibéral s'effrite aujourd'hui.
Pourquoi?
plusieurs raisons :
- les inégalités de plus en plus grandes dans le monde entier provoquent la montée des populistes (ce qui n'est pas un gros mot pour moi) et aussi des conflits sociaux de plus en plus violents dans beaucoup de pays
- Il y a le problème écologique que les multinationales savent ne plus pouvoir ignorer encore longtemps
- Il y a les crises financières à répétition qui font quand même beaucoup de dégâts et qui risquent même d'être fatales au modèle capitaliste à terme.
- Il y a la montée en gamme de l'Asie et la difficulté de trouver un nouvel Eldorado chinois. Ils ont des pistes mais rien de vraiment convaincant. La seule solution serait d'installer les usines en Afrique mais le climat est quasiment incompatible avec un modèle de production de masse.
Bref pas mal de choses qui incitent les industriels à rapprocher (un peu) les lieux de productions des lieux de consommation
En Europe pour se faire on mise sur l'Usine 4.0.
Ce sont des usines dites "agiles" c'est à dire très automatisées et très robotisés.
L'avantage de ce genre d'usine c'est qu'elle demande peu de main d'oeuvre et peux donc être installée partout y compris dans les pays où la main d'oeuvre est chère.
C'est un peu le plan de la France pour revenir dans la course.
Mais là encore on prends du retard
3 raisons :
- La première c'est qu'il n'y a pas de vrai volonté politique. Macron ne croit pas à une industrie Francaise il l'a déjà dit et l'a prouvé en refusant par exemple de nommer un ministre de l'industrie.
- La deuxième raison est financière. installer une usine 4.0 ou la transformer en usine 4.0 coûte très cher. Peu d'entreprises en ont actuellement les moyens.
- La troisième raison est la pire. Pour développer des usines 4.0 il faut des outils de technologies numériques. Or en France ou en Europe nous n'en possédons pas qui soient capables d'épauler les entreprises sur un projet d'envergure.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle par exemple nous sommes à la remorque des Américains ou des chinois qui utilisent leur géants pour moderniser en priorité leurs industries
Bref c'est pas gagné..
Mais le point positif c'est que si on fait la somme de tout ce qui ne va pas on a une idée de ce qu'il faudrait faire pour que cela aille mieux dans 10 ou 15 ans, qui serait le délai minimum pour avoir à nouveau une industrie forte en France, et cela même si on faisait tout ce qu'il faut pour..