On peut aussi essayer de réfléchir un peu et d'aller un peu plus loin.
Déjà, dans un pays où on nous martèle sans arrêt qu'ici on n'aime pas les riches (voire pire, qu'on n'aime pas la réussite !), qu'il y a trop de taxes, que si on ne baisse pas les impôts les riches vont partir, ... dans ce pays donc, tu ne trouves pas ça terriblement choquant de voir ces mêmes milliardaires sortir 1 milliard en un claquement de doigt ? Ces mêmes qui font sécession, qui usent de toutes les combines possibles et inimaginables pour réduire leurs impôts, taxes et cotisations sociales (et donc ne pas participer à la solidarité nationale et aux services publics).
Alors même que des historiens tirent la sonnette d'alarme en disant que, même dans le secteur de la rénovation des monuments historiques, on manque de budget. Un article du Canard de hier explique que pour 2019 par exemple, le budget alloué à l'entretien des monuments historiques qui appartiennent à l'Etat (200 immeubles dont 86 cathédrales) est de 18,82 millions. Ce qui fait moins de 100000 par an par monument.
Mais donc, qu'il y ait de l'argent pour reconstruire Notre-Dame, c'est très bien.
Maintenant, quel argent ?
Le gouvernement a appelé à une campagne de souscription. C'est ce qu'il se passe avec les dons de ces ultra-riches.
Mais Notre-Dame appartient au patrimoine français, ça devrait donc être l'Etat (donc, en quelque sorte, nous) qui finance sa reconstruction.
Ce qui devrait donc passer par la contribution (et non la souscription, qui ne sont que des dons volontaires), chacun à la hauteur de ses moyens (ce qui n'est pas réellement le cas dans ce pays, suffit de voir le mouvement de contestation qui dure depuis plusieurs mois déjà, dont la justice fiscale est un des piliers). Un exemple tout bête : l'ISF, dont la suppression fait perdre 3,5 milliards d'euros à l'Etat. Avec ça, on avait largement de quoi reconstruire Notre-Dame.
Quant à "ouvrez votre porte monnaie et donner. Et juste fermez la", c'est justement ce qu'on fait.
Si les donateurs en profitent pour déclarer leurs dons, ça veut dire que sur les 200 millions de dons de Bernard Arnault, 60% lui seront "remboursés" en allègement fiscal. C'est à dire qu'il paiera 120 millions d'impôts en moins.
En d'autres termes, ça signifie qu'il choisit lui même de dédier 120 millions de ses impôts à la rénovation de Notre-Dame. 120 millions du budget de l'Etat. Donc 120 millions d'argent à nous tous, qui partiront là dedans plutôt que dans la santé ou l'éducation.
D'autant que ces généraux donateurs sont pour beaucoup mouillés dans des affaires d'optimisation voire de fraude fiscale (par exemple 518 millions de baisse d'impôts abusifs pour la construction de la Fondation Louis Vitton, ou autre exemple, une économie de 2,5 milliards via un montage fiscal pour Kering, la société de François Pinault). Ces dons, c'est quelque part de l'argent qu'ils n'auraient pas dû toucher, qui aurait dû rentrer dans les caisses de l'Etat.
Donc oui, si allègement fiscal il y a, c'est justement notre argent que l'on donne.
Et le plus fou, c'est qu'on ne s'en rend même pas compte, quand on ne prend pas la peine d'y penser.
Au contraire, on va même aller gueuler contre les "hypocrites" qui critiquent.
(Désolé pour le pavé, encore une fois.
Mais je pense qu'aucun sujet n'est simple.
Et faire passer ces critiques pour hypocrites, c'est justement simplifier beaucoup trop les choses et ne pas comprendre ce qu'il se trame derrière tout ça.
Or, en face de nous ces ultra-riches ont une bien meilleure connaissance que nous de tous les sujets sur lesquels ils peuvent bien nous la foutre à l'envers sans que l'on s'en rende bien compte. J'en prends pour preuve, un seul exemple suffit, la loi travail en 2016, qui fut certes un beau mouvement mais ridiculement peu suivi, et en tous cas pas suffisamment pour basculer le rapport de force en notre faveur. Bah oui, comprendre comment fonctionne le code du travail et de quelle manière il nous protège, c'est long, c'est chiant, c'est pas forcément ce qu'il y a de plus intéressant. Mais en face, on a des gens bien armés, qui maîtrisent le sujet, et qui n'ont pas les mêmes intérêts que les travailleurs.)

