KLEPTOMANIA / LEE / KLEPTO (Bio)

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alcat01
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KLEPTOMANIA / LEE / KLEPTO (Bio)

Message par alcat01 » ven. 3 sept. 2021 15:17

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Kleptomania est un groupe Belge originaire de Bruxelles qui a été fondé en 1969 par le bassiste Charlie DeRademaeker, dit Charlie Maker, le chanteur Lou Deprijck, Francis Goya et le batteur John (son nom n'est pas connu!).
Ils jouaient une sorte de Rock Progressif avec deux guitares, une basse, un chant et une batterie et étaient un groupe de scène important dans le pays à cette époque.

Il a été un groupe culte qui a connu plusieurs changements de line up, Dany Lademacher l'ayant rejoint en 1969 et ayant été élu meilleur guitariste de Belgique pendant trois années consécutives.

Leur seul et unique album, éponyme, a été enregistré en 1971 chez Flame Records, à Hilversum, mais n'a pas pu être publié, car ce label a fait faillite à cette époque.
Cependant, en 1979, le disque est sorti en Hollande sans le consentement du groupe, en très petite quantité. Le LP, baptisé "Elephants Lost", était présenté dans une pochette entièrement blanche, sans aucune impression sur le devant: pas de nom de groupe, pas de titre, pas d'étiquette...

En outre, entre 1969 et 1975, le groupe a également produit cinq singles, tous très bien faits. Leur premier single, "Kept Woman", ressemblait quelque peu à Black Sabbath.

Kleptomania est resté dans les mémoires comme l'un des groupes live les plus appréciés de Belgique dans les années 70.
Sa popularité a véritablement atteint son apogée pendant l'Eté 1970 lorsque le groupe a fait la première partie de The Wallace Collection au Puzzle P Festival de Bruxelles et a partagé l'affiche avec Badfinger au Bilzen Rock & Jazz Festival.

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L'histoire du groupe commence au début de l'année 1969 quand, à l'initiative de Wilfried Britts, patron d'un club de Notre Dame-au-bois, le bassiste Charlie DeRademaeker quitte les Eagles pour rejoindre le chanteur Lou Deprijck, Francis Goya et leur batteur John ?, tout trois anciens membres de Liberty Six, qui étaient en train de monter ensemble un groupe de Rock. Le but de Wilfried est alors de pouvoir compter sur un groupe qui se produirait régulièrement dans son établissement.
Mais au bout de plusieurs semaines de répétition, Francis Goya renonce au projet.

Contact est alors pris avec Wim Hombergen (guitare / chant) qui joue déjà dans Four of a kind. Ce dernier est séduit par la formation et la rejoint. Le groupe se constitue donc de Wim, de Lou, du batteur et de Charlie. Par la suite, Lou a préféré suivre une autre voie musicale.

Au début, ils ont continué en tant que trio, jusqu'à ce qu'ils rencontrent Dany Lademacher lors d'un concert organisé par le manager Wilfried Brits.
Wilfrid qui avait entendu parler en bien de Dany Lademacher a été le rencontrer au petit château, tandis qu'il y effectuait ses trois jours. Dany, qui a tout fait pour se faire réformer, n'a guère hésité longtemps.
Ce dernier jouait de la guitare dans un groupe Hendrixien nommé Les Shakes et ce groupe avait même réussi à sortir deux singles avec eux en 1967.
Lorsque le groupe jamme avec ce magicien de la guitare, tout semble se mettre en place et Dany accepte la place.

Le groupe se trouvait de nouveau à quatre, mais le batteur se sentait perdu avec toutes ces nouvelles têtes. Il préféra quitter le groupe à son tour et c'est ainsi que Wim fit appel à son copain Roger Wollaert, qui jouait comme batteur dans son ancienne formation des Four of a Kind. Roger écourta ses vacances en Espagne pour venir les rejoindre.

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Il fallait un nom: Lors d'un petit trip à Londres, après une journée de ballade dans les quartiers branchés, la formation a découvert une boutique qui s'appelait Kleptomania. Et le nom était trouvé!
Enfin Kleptomania prenait forme.

Au début, leur répertoire était bâti sur des reprises de tas de groupes comme Led Zeppelin, Kinks, Taste, et même également du Blues.

Ensemble, ils ont répété plusieurs mois, souvent du matin au soir.
En Août 1969, enfin prêt, ils ont pu démarrer dans le club de Wilfried à Notre-Dame-au-bois.

Leur premier vrai concert a eu lieu à Gand, en plein Hiver. Tout excité à l'idée de se retrouver devant un public qui ne les connaissait pas, ils sont tombés en panne de camionnette sur le bord de la route.
Coup de téléphone au patron de la boite pour qu'il vienne les chercher: Le gars est arrivé avec sa Mercédès et les a tractés avec un gros câble. Dur, pour le premier concert officiel de Kleptomania!
Avec du retard montage du matériel dans un froid de canard. Les problèmes techniques ne les ont pas épargnés, mais heureusement, malgré l'accumulation de toutes ces galères, ils ont assuré...

Début 1970, après juste quelques mois d'existence, Kleptomania était déjà qualifié de groupe "le plus scénique de Belgique".
On pouvait lire dans certains articles: "...Charlie De Raedemaeker, Roger Wollaert, Dany Lademacher et Wim Hombergen évoluent sur scène avec une aisance qui les classe d'emblée dans la catégorie des bêtes de scène...".

Charlie Maker : "...On s'est bien entendu très vite rendu compte que nous produisions un joyeux effet sur le public lors de nos prestations. Evidemment, ça nous a tous galvanisés. Mais on n'a jamais cherché l'esbroufe, le gros jeu de scène calculé. Pas du tout. Je pense que ce qui a créé l'émulation c'est notre plaisir de jouer ensemble. Il y avait un esprit de corps entre nous qui n'a jamais faibli. Encore aujourd'hui ça reste magique...".

En vue d'enregistrer, Kleptomania s'est mis à travailler sur ses compositions et, dès le départ, Dany entendait se différencier des autres groupes Belges qu'il jugeait trop commerciaux.
Il a signé un contrat d'un an chez RCA Belgique qui a sorti deux singles dans un laps de temps assez court.

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Le premier est publié en 1970. Les titres; "Kept Woman" et "Out Of A Nightmare", sont assez Heavy et les comparaisons avec Black Sabbath, alors en vogue, s'imposent assurément.

Toujours au cours de l'année 1970, le groupe vogue de succès en succès, sur scène, les choses se passent bien, comme en témoignent sa participation notamment à plusieurs Pop Hot Show ainsi qu'au Festival Puzzle P à Bruxelles (en Juin avec Wallace Collection en tête d'affiche) et surtout le Festival Rock & Jazz de Bilzen (en Août avec Badfinger et Screaming Lord Sutch).

Charlie Maker: "...C'est Jean Jième et Paul André qui nous ont permis de passer dans deux de leurs "Pop Hot Shows". Je me rappelle de notre passage à la salle Newton avec les Fynn Mc Cool et Blossom Toes à Bruxelles. Et puis le Pop Hot Show de Moustier-sur-Sambre avec East of Eden et Man, Carriage Company et Burning Plague. De vrais moments de bonheur. Un public en or...".
On peut donc parler d'une sorte de lune de miel avec le public.
La setlist n'était pas seulement dominée par leurs propres chansons, mais elle comprenait également des chansons toujours populaires de Led Zeppelin et de Taste.

"...Kleptomania est en passe de devenir le groupe le plus célèbre, si pas le meilleur, de Belgique. Cela fait à peine un an qu'il existe et il n'a jamais cessé de s'améliorer. On a eu l'occasion de s'en rendre compte lors des divers Pop Hot Shows...
Chaque fois qu'il se produit, il obtient un succès triomphal. Sa plus belle réussite est sans doute d'avoir constitué l'un des meilleurs moments du dernier festival de Bilzen, et cela malgré les difficultés techniques qui intervinrent pendant sa prestation...
Le Kleptomania a réussi à rassembler en son sein les éléments qui forcent le succès, quatre garçons sympathiques et dynamiques qui ont énormément de présence sur scène...".

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Lors du mémorable Festival de Jazz-Bilzen, au plateau prestigieux, Kleptomania s'est retrouvé dans les mêmes coulisses que Black Sabbath, The Kinks, Wild Angels, Arthur Conley et Cat Stevens.
Pour eux, jouer face à un public de huit mille personnes c'était à la fois grisant et impressionnant. Les réactions du public les ont confortés dans l'idée qu'il les considérait comme un groupe de live Rock.

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Plus tard en 1970, ils sortent leur deuxième single, associant le rapide "I've Got My Woman By My Side" à un solide "Lovely Day". Un morceau de vinyle flatteur, certes, mais sans véritable succès commercial, bien que le groupe soit assez populaires à l'époque, avec de nombreuses nominations dans le sondage Pop d'un grand journal musical, Télémoustique.
Mais la distribution de ces deux enregistrements fut une véritable catastrophe: Parfois, on trouvait un disque chez un disquaire, parfois chez un autre, mais jamais chez les deux à la fois.
Résultat: ces disques se sont mal vendus.

Comme le contrat d'enregistrement ne durait que pour deux singles, Kleptomania signe avec le nouveau label Néerlandais Flame et se retrouve bientôt en Hollande, au studio Sound Push de Hilversum, pour enregistrer leur premier album.

Malheureusement, après le succès de Bilzen, selon Charlie: "...On n'a pas eu le temps d'attraper la grosse tête. Car on s'est retrouvé victime d'une arnaque qui nous a empoisonné la vie durant de longs mois. Après notre passage à Bilzen, deux producteurs nous ont approchés pour nous proposer de venir enregistrer un album en Hollande. Comme on n'était plus tenu par un contrat avec RCA, notre manager a signé une nouvelle convention avec eux. Quand on est arrivé à Groningen, on a été très bien reçu...
La qualité des studios et des techniciens était irréprochable. Les producteurs nous ont même montré la future pochette du disque qui devait sortir. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où nous avons appris que les lascars nageaient dans les dettes et que les séances de studios pour l'enregistrement de l'album demeuraient impayées. Alors les bandes que nous avions fignolées là-bas sont restées bloquées durant des mois. J'imagine qu'elles y sont toujours aujourd'hui. On a perdu un temps fou dans cette histoire, on s'est usé les nerfs pour rien...".

Flame Records ayant fait faillite, les garçons doivent arrêter d'enregistrer. Cela leur a donné un sacré coup au moral. En contrepartie, le groupe a noué de nouveaux contacts avec des clubs d'Amsterdam. "...Ce qui nous a permis de nous produire plus tard au prestigieux Paradisio et dans plusieurs Melkweg ainsi que dans des maisons de la culture style provos ou hippies...".

Ils sont restés, cependant, assez populaires dans le circuit des concerts et ils réussissent ainsi à faire la première partie de Warhorse et Gong lors d'un festival à Séloncourt en France le 19 Septembre 1971, mais ne parviennent pas à sortir un autre véritable vinyle.

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De g.à d: Charly Maker, Dany Lademacher, Roger Wollaert, Wim Hombergen. Serge Nagels (road-manager et ex-tenancier du Klepto) et Pierre Meyer, producteur à la RTBF de Pop Shop.

En Octobre, le groupe a participé à la toute première émission télévisée de la RTB, cent pour cent destinée aux jeunes et réalisée par Pierre Meyer: "Pop Shop". Et le 15 novembre, Jo Dekmine, le patron du 140 les a accueilli dans son Théâtre de l'avenue Plasky avec également Burning Plague.

A la fin de l'année 1970, Kleptomania est parti faire une tournée au Congo.
En effet, à l'époque, Jo Dekmine et Roland Mahauden, respectivement directeurs du Théâtre 140 et du Théâtre de Poche, entretenaient divers contacts avec des attachés du Ministère de la culture congolais. Ils faisaient venir régulièrement des artistes Africains. A titre de réciprocité, ceux-ci accueillaient à leur tour des artistes de théâtre ou de musique de Belgique.

Sans doute pour être dans le vent, le président Mobutu avait décidé d'organiser le premier Festival Pop au Congo, à Kinshasa. Comme Kleptomania avait le vent en poupe à ce moment-là, on a songé à eux.
Quoiqu'il en soit, un soir de Juillet, leur manager leur avait appris qu'il avait été approché par Jo et Roland et qu'ils leur proposaient de faire partie du staff d'artistes prévus pour partir en tournée dans leurs anciennes colonies. La date pour le départ a été fixée pour la fin Novembre.

C'est ainsi que la formation était partie pour le Congo-Zaïre avec, entre autres, Burning Plague et le folk-singer Tucker Zimmerman. Sans oublier deux groupes Anglais, qui via Londres, avaient embarqué à Zaventem sur le même vol qu'eux.
Le contrat signé stipulait une tournée de trois semaines à Kinshasa même et dans sa périphérie. Le cachet qui leur était alloué était coquet. Et le budget global qui comprenait les places d'avion pour tout le monde, les frais de transport sur place, les nuitées à l'hôtel avoisinait les sept à neuf millions de francs belges.

Selon Charlie Maker, "...Mais très vite on a dû déchanter. Aussi incroyable que ça puisse paraître et là je ne te parle pas de bruit de corridor, le big boss Mobutu ou ses sbires se sont largement sucrés au passage. Si bien que le budget initial a été rogné voire même coupé en deux. Au lieu de donner nos concerts durant les trois semaines prévues, on est resté à peine dix jours. On a donc du renoncer à nous produire dans deux ou trois endroits où on nous avait programmés...".

Après aoir débarqué de l'avion, les membres du groupe avaient tout de suite été dirigé vers une localité, un petit bled complètement perdu du nom de Lanselé à soixante qinze kilomètres de Kinshasa, en face du fleuve Congo dans une des innombrables résidences de Mobutu. Mais à côté de sa résidence pharaonique, il y avait un camp militaire avec ses bâtiments et ses hommes en armes.

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Arrivée à Lanselé - Camp militaire – Résidence de Mobutu. Roger Wollaert tout fraîchement débarqué.

Charly Maker: "...Or ce n'était pas du tout ce qui avait été conclu. On nous avait promis des chambres d'hôtel en ville et nous nous retrouvions confinés comme des prisonniers dans ce triste endroit. Ceci dit la résidence du président que nous apercevions de nos fenêtres frisait la mégalomanie la plus complète...
...Avait-il gardé une forte impression d'un voyage en Chine? Le fait est qu'il avait fait construire un palais oriental à l'identique de ce qui avait dû le séduire. On se serait cru dans un décor de film tourné en Extrême-Orient. Pagodes, portes massives en bois d'ébène ornées de dragons. Sculptures asiates aux motifs savamment ouvragés, fines dorures, peintures aux tons écarlates...
...Le summum, des rizières tout autour du Palais. Tu imagines la scène: des blacks, à mi-cuisse dans l'eau, en train de cultiver du riz comme au Vietnam! On avait mis à notre disposition plusieurs flats avec terrasses. C'était d'un ennui mortel. Pas de filles, pas de bistrots, pas de contact avec la population. Et comble de tout pas de restaurants. Pour manger, une cantine, genre self. Tu parles d'un traitement de pop star!...".

ImageCharlie et DanyImageDany et Wim

Bref, après maintes péripéties, après quatre jours d'attente sans pouvoir toucher à un instrument avait eu lieu le grand concert inaugural du "Premier Grand Festival Pop du Zaïre". Il s'était tenu dans l'Amphithéâtre Kin2, c'est à dire au centre du quartier résidentiel du Président qui y disposait d'une gigantesque propriété privée.

"...Nous nous sommes retrouvés devant un parterre d'huiles drapées de robes longues pour les femmes et de smokings et nœuds paps pour les hommes. Pas un jeune à l'horizon. Tu imagines Kleptomania devant un tel auditoire! Surréaliste! Tous les pontes du régime étaient présents, blancs comme noirs. Les places pour le concert revenaient à 350 macutas. Quand on sait qu'un habitant moyen touchait 800 par mois…
...Bref, les groupes se sont succédés les uns derrière les autres dans une sorte de consensus de retenue et de politesse. C'étaient des applaudissements dignes d'un concert de musique classique. Assez mortel pour des groupes de Rock!...
...Je dois aussi te dire qu'au début de ce qu'il faut bien appeler une cérémonie guindée, l'assemblée des notables avait dû se farcir l'arrivée tonitruante du Léopard de Kinshasa. Arrivé tout fringant dans son hélicoptère privé... qu'il avait fait se poser à quelques dizaines de mètres de la scène...
...Le Président-Maréchal avait assisté au spectacle durant une bonne demi-heure. J'ignore si c'est notre style de musique underground qui en est la cause, mais le fait est que lorsque nous sommes montés sur scène, nous n'avons pas eu le temps d'entamer le troisième morceau que déjà l'hélico présidentiel reprenait son envol...".

ImageCharlie et Dany - moments de détente

Le lendemain, un nouveau concert avait eu lieu au même endroit, mais cette fois le public était bien différent. Il était constitué des enfants de tous les notables qui les avaient vus la veille. La moyenne d'âge devait varier entre seize et vingt ans.
"...Il y avait plus de véritables snobinards, de fils de nantis que de Kinois des rues. Autant la veille, nous n'avions pratiquement parlé avec aucun spectateur, autant cette fois, les jeunes nous approchaient; certains nous demandaient des autographes. Pour finir on s'est fait quelques copains pour le bref séjour qu'on a passé...".

Deux concerts suivirent ensuite dans une salle de cinéma qui s'appelait le Barnum et qui était située sur un énorme boulevard. Si le prix des places était plus accessible à ces gosses, ça restait cher pour la plupart d'entre eux, tous issus des milieux les plus modestes.
La presse locale n'avait pas été dithyrambique avec ce premier Festival Pop. Dans un article paru dans toute l'Afrique Centrale, voilà comment le journaliste accrédité par le pouvoir avait défini le groupe:
"...Excellent ensemble: Les Kleptomania, authentiques Bruxellois aux cheveux longs et décolorés qui donnaient à certains des airs de vieilles filles. Mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas et il est vrai que leur musique est très belle: brutale, agressive, admirablement soutenue par un drummer qui sait utiliser sa batterie...".

A noter une anecdote à propos du dernier concert de la tournée:
C'était à la Fikin, autrement dit sur le parking de la Foire Internationale de Kinshasa qui avait eu lieu en Juillet 1969. Ce parking était situé sur le territoire de la commune de Limete, faubourg proche de la ville. Et là, le groupe avait enfin eu la possibilité de jouer pour le peuple. L'entrée n'était que de cinq macutas, ce qui devenait beaucoup plus raisonnable.
Les musiciens abaient débarqué le matériel et pris position sur l'énorme podium mis à leur disposition. Seul bémol, la hauteur de celui-ci était nettement insuffisante. Il ne devait pas dépasser les cinquante à soixante centimètres. Ce qui n'était pas évident pour être vu de partout par les spectateurs. Sur l'esplanade, il devait déjà y avoir deux à trois cent personnes, déjà installées aux places de choix c'est-à-dire sur les quatre ou cinq premiers rangs.

"...On s'est demandé avec inquiétude, si ce stade qui pouvait contenir plusieurs milliers de spectateurs, allait se remplir. On n'allait pas être déçu...
...Entre la scène et l'accès à l'entrée, il n'y avait que cent à deux cents mètres. Je me rappelle de la dimension phénoménale de cette porte. Le régime devait vraiment avoir la folie des grandeurs que pour avoir décidé de construire un portail aussi gigantesque. Elles devaient assurément mesurer sept à huit mètres de haut...
...Au-delà de l'enceinte, on percevait les clameurs de la foule qui s'agglutinait. Les clameurs étaient de plus en plus intenses et impressionnante. On n'était pas vraiment rassurés d'autant plus qu'aucun dispositif de protection n'avait été mis en place pour nous protéger d'éventuelles dérives...
...Mais lorsqu'on a aperçu les préposés au guichet, sensés faire payer les gens, tenter de contenir les battants des portes qui gondolaient sous la pression, on s'est mis à pâlir d'inquiétude. On a compris que la foule excitée allait finir par entrer. Craquements de la porte, rugissements, le «petit peuple» de Kinshasa n'entendait pas verser les cinq macutas d'entrée...".

Lorsque la pression de la foule fut complètement incontrôlable, les organisateurs renoncèrent à faire payer les spectateurs. Ils ouvrirent toutes grandes les portes. Le groupe avait alors vu débouler vers lui une marée humaine de plusieurs milliers d'individus qui couraient comme des fous vers le podium. Un véritable tsunami!...
"...Nous n'étions protégés par aucune barrière, aucun service de sécurité. On a tous cru que notre dernière heure était arrivée. On se voyait déjà étouffé, écrabouillé par cette foule hurlante. Heureusement que les quelques rangs des spectateurs arrivés avant eux ont arrêté le flux. Sans eux, je crois que nous aurions passé un sale quart d'heure...".

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Heureusement, tout se termina bien. L'hystérie s'était calmée et Kleptomania avait pu commencer à jouer.
"...Le sentiment que je garde des jeunes et des moins jeunes de ce pays c'est qu'ils sont tous fabuleux, généreux, gentils. Dommage qu'ils soient aussi mal traités sur leur propre sol. Ils ne méritent pas ça. Je te parle des années 70. Mais je ne crois pas que les choses aient jamais changé...".

"...Lorsque nous sommes rentrés du Congo, nous devions en principe repartir pour une tournée de plusieurs mois au Brésil. Mais les choses ne se sont jamais concrétisées...".

Leur manager était cependant parvenu à leur trouver un engagement au Paradisio, à Amsterdam, endroit mythique par excellence qui avait toujours fait fantasmer les groupes de Rock. Dany était aux anges. Il y rêvait depuis longtemps.
Kleptomania avait été placé comme groupe d'ouverture de Patto, le groupe de Mike Patto , une grosse pointure.
"...Je garde un super souvenir de ce concert et particulièrement du light show d'enfer qui nous a mis remarquablement mis en valeur...".

En Février, Mars 1971, c'est un véritable coup de tonnerre: leur manager avait annoncé, la mine grave, à Charlie Maker que suite à son comportement (alcoolique) et à son tempérament (colérique) il était renvoyé. Les autres pensaient sincèrement qu'il les empêchait d'évoluer sur le plan musical. Bref le sentiment général du groupe était qu'il était devenu un élément incontrôlable, un électron libre.
Déjà à Kinshasa, Wilfried l'avait pris à part et lui avait dit : "...Ecoute Charlie, je dois te dire un truc...". Comme celui-ci s'attendait plutôt à des remontrances qu'à des félicitations, il lui avait répondu calmement: "...Buvons d'abord une bière et ensuite tu me raconteras...".
Lorsqu'il avait vidé son verre, il lui avait annoncé que s'il continuait à déconner, il n'hésiterait pas à se séparer de lui dès leur retour en Belgique.

De retour à Bruxelles, les choses ne s'étaient pas améliorées. Après la tournée au Brésil avortée, le groupe aurait dû faire un break ou au moins se retrouver tous ensemble autour d'une table et discuter de l'avenir. Mais comme personne n'avait véritablement vidé son sac, Charlie avait continué à répéter avec le groupe, mais sans grand entrain. Il y a avait comme un malaise dans l'air.
Wilfried estimait depuis un certain temps que Kleptomania souffrait d'une carence sur le plan vocal. En se lançant dans une formule nouvelle, il espérait pallier aux critiques.

Patrick Gyssens avait été l'organiste de Mother's Murphy, un groupe progressiste Anversois. Ensuite il était parti en Angleterre pendant un bon momemt. Il venait juste de revenir lorsque Wilfried l'avait harponné. Son avantage, non négligeable, c'est qu'il était également chanteur.

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Formule à cinq avec le claviériste Patrick Gysen

La rumeur selon laquelle Kleptomania avait changé de peau s'était répandue un peu partout.et lorsque le groupe avait donné, ce qu'il faut bien appeler un "concert expérimental", au Centre Culturel d'Auderghem, le public était en attente.
Mais dans la réalité, peu de chose avait changé à leur style musical. La formule à cinq n'ayant pas fourni les résultats escomptés, elle ne survécut pas au de-là de quelques concerts.

Les chansons enregistrées en 1972 pendant le séjour de Patrick Gyssen n'ont, cependant, pas vu la lumière du jour pendant cette période. Ce ne sera qu'avec la compilation CD qui paraitra en 1995 que les fans du groupe pourront entendre un groupe avec un son de guitare moins Heavy mais avec une meilleure capacité d'écriture.

C'est donc àprès une prestation donnée à Kampenhout, au Jill's Club, lors d'une banale dispute, que Charlie Maker avait poussé la gueulante de trop et qu'il avait été viré aussi sec.
Les musiciens du groupe Waterloo l'avaient aussitôt invité à les rejoindre, mais il avait été tellement déçu de ce qui lui arrivait qu'il avait déjà revendu mon matériel sur un coup de tête.
Pour pouvoir continuer à vivre, Charlie était allé trouver Jean-Paul Wittemans, patron des Gémeaux, qui l'avait engagé comme barman et homme de confiance pour s'occuper de la salle et des spectacles qui s'y déroulaient.

Après son éviction, le groupe avait encore essayé plusieurs formules. Wilfrid avait fait appel à Paolo Radoni comme second guitariste et Wim avait pris la basse. Paolo avait joué dans Here and Now, un groupe de Jazz Rock avec Marc Hollander. Ensuite, il était passé chez Arkham. C'était un musicien de tout premier ordre.

Puis, Patrick s'était retiré sur la pointe des pieds, sans faire de vagues.
Le groupe avait donc continué à quatre avec Paolo jusqu'en Septembre.

Et une bonne poignée de concerts plus tard, Charlie avait été recontacté par Wilfried Britts, délégué par les autres musiciens et il avait finalement réintégré Kleptomania.
Il avait réacheté une basse et avait repris sa place. Paolo avait préféré poursuivre sa route de son côté.

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Finalement 1971 aura été l'année de tous les dangers et de toutes les expériences malheureuses. Puisque le groupe va tout de même finir va éclater.
Plusieurs raisons expliquent la séparation inéluctable de Kleptomania. Tout d'abord le manque récurrent d'argent.

Quelques mois avant le split, à l'occasion d'une interview avec Piero Kenroll, Dany s'est expliqué sur le sujet.
A la question: "...Combien de prestations donnez-vous en moyenne, par mois? Quel est votre prix officiel actuellement? Quels sont vos frais?...", Dany répondait: "...Nous jouons en moyenne huit fois par mois. Notre prix officiel est de douze mille francs. De cela, il y a 15 % qui vont à notre manager, qui est chargé de nous trouver des contrats et de payer notre publicité. Nos road-managers reçoivent en tout quatorze cent francs. Etant donné que nous n'avons pas encore de camionnette, il faut payer sa location, qui revient à trois francs le kilomètre plus trois cent francs par jour. Maintenant, à cela viennent s'ajouter 18% de TVA. Parfois un déplacement peut nous coûter plus de deux mille francs...".
"...A part ça, nous avons les indemnités de notre matériel à payer. L'installation de chant, nous la payons ensemble; il faut compter que cela revient à environ à sept-cent vingt francs par mois et par musicien. Personnellement, chacun d'entre nous paie encore: soit son orgue, soit sa guitare, soit son ampli. En moyenne, cela fait deux mille francs, chacun, par mois...".

Pour Charlie: "...D'autres raisons expliquent le split de Kleptomania : la mentalité d'une grande partie du public belge peu réceptif à notre genre de musique et puis enfin le manque de considération des organisateurs et des patrons de salle, en général, notamment en province. Et là, Dany n'y allait pas de main morte...":
Dany ; "...On ne peut pas s'imaginer le succès qu'ont encore les 'boerenbals' (bal des agriculteurs) dans certaines parties du pays. L'autre jour, nous avons été à Schelle. Nous avons joué trois morceaux, après quoi nous avons dû partir sur la pointe des pieds, sinon on se serait fait tuer. C'était comme au Moyen Age. Les gens ouvraient de grands yeux, les mères serraient leurs enfants, l'air de dire: «Ne les approchez pas». Manifestement ils avaient peur...".

Dany avait évidemment raison et Il ne faisait simplement qu'exprimer l'immense malaise qui régnait dans le milieu des musiciens de ce pays. Combien de groupes ne se sont-ils pas séparés entre 1971 et 1972? Cela avait été la grande hécatombe.

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De nombreux articles ont été publiés lors de la dissolution du groupe emblématique de l'année 1970, ainsi le coup de gueule de Dany dans l'hebdomadaire 'Télé Moustique' sous le titre: DANY LADEMACHER S'EXPLIQUE.
A ses côtés, Roger Wollaert persiste et signe.
Dany Lademacher: "...Ça fait longtemps que les choses ne tournaient plus rond au sein du Kleptomania. On a toujours cru que nous gagnions fort bien notre vie, ce qui est complètement faux.
En fait, il est impossible de vivre de sa musique en Belgique. Ce n'est pas tout. Quand on est musicien, et que l'on a conscience que l'on apporte quelque chose de neuf au public, on aimerait que ce public nous écoute et nous donne la satisfaction toute simple de nous comprendre. C'est si peu souvent le cas qu'on finit par jouer pour soi-même.
Il y a un mois, nous avons eu l'occasion de nous produire dons un festival en France, à Seloncourt plus exactement. Le public là-bas fut exceptionnel, l'accueil chaleureux. Le contact fut meilleur que n'importe où en Belgique.
Finalement j'en ai assez de toute cette comédie. Ou bien je fais une musique qui me plaît, et je finirai d'ici un an ou deux par me reclasser dans une firme de disques quelconque comme gratte-papier, ou bien je monte un groupe trié sur le volet en jouant un style plus commercial afin de faire une carrière qui ressemble à celle de musicien professionnel, Je ne veux surtout pas dire que je vais me mettre à « faire de la soupe », mais je veux être plus accessible à tous et définitivement sortir de Belgique.
Si je rate? Ou bien je recommencerai encore une autre formule, ou je partirai me joindre à un groupe anglais ; j'ai d'ailleurs déjà reçu plusieurs propositions en ce sens.
Ce qui est certain, c'est que Roger et moi restons ensemble, quel que soient les bruits qui auraient pu courir en ce sens. Quant à Wim, je crois qu'il va se reposer quelque temps, car il est très déprimé. Paolo (Radoni) va, je crois, se joindre à Arkham.
Nous avons pas mal de projets. Il n'est pas exclu que nous reformions un groupe prochainement. Nous ne voulons rien précipiter. Il est de toute façon certain que nous ne jouerons plus la musique que nous faisions avant.
Actuellement nous terminons les engagements qui nous restent. Il est certain que nous ne remonterons pas sur scène avant que les idées que nous avons maintenant soient mieux établies...".
(Communiqué de Dany Lademacher et de Roger Wollaert paru dans Télé Moustique).

Wim en avait tellement marre qu'il était parti avec sa guitare en Allemagne où il est bien resté un an, un an et demi. Il s'est produit dans tous les bistrots ou endroits branchés de Berlin en donnant de petits concerts avec sa guitare acoustique.
Charlie, quant à lui, a continué son service aux Gémeaux.

Dany et Roger furent conviés à faire partie d'un groupe avec Raymond Vincent (ancien violoniste de Wallace Collection) et Dirk Bogaert (ex chanteur flutiste de Waterloo), mais ils n'ont pas accroché. Puis des membres de Waterloo et de Carriage Company leur ont proposé une collaboration dans New Inspiration, mais cela n'a pas, non plus, eu plus de succès.

En attendant, les musiciens jouaient à gauche et à droite, chacun de leur côté. Ils se cherchaient. Il faudra attendre l'année 1972 avec l'aventure d'un groupe appelé Lee, pour que Dany, Roger et Charlie ne rempilent tous les trois ensemble, hormis Wim.

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Lee: Victor Tedeschi, Dany Lademacher, Charlie Maker, Roger Wollaert et Mick Fowler

Bien peu de personnes ont eu l'occasion de pouvoir assister à un concert de Lee en Belgique. Et pourtant en se produisant en Novembre 1973 sur la scène de Forest National en première partie de Slade, ce groupe a été acclamés par huit mille spectateurs en une seule soirée. Lorsque l'on apprend, de plus, qu'ils ont interprété "Jumpin' Jack Flash" devant Keith Richards, dans sa discothèque, le Midnight Rambler, à Genève, on se rend compte que ce n'est pas courant.

Enfin lorsqu'on réalise qu'ils ont eu plus de succès que The New-York Dolls au cours de trois concerts dans des salles combles, on peut se demande pourquoi Lee est resté si peu connu en Belgique.
D'autant plus que les musiciens concernés s'appellent Dany Lademacher, Charlie Maker, Roger Wollaert, ex-Kleptomania et Mick Fowler, un ancien guitariste de Grapefruit, produit par George Harrison.

Mais avec Lee, on n'en est pas à une contradiction près. De super musiciens, quatre personnalités avec un look d'enfer, mais également tributaires d'une époque charnière où les embûches, galères, arnaques et incompétences en tous genres réduisaient souvent à néant les projets les plus enthousiastes et finissaient par avoir raison de l'endurance des plus acharnés. Sous l'angle professionnel (management et conduite de leur carrière), Lee a souffert de cruels manquements.

A Bruxelles pendant 'Eté 1972, cela allaiy faire plus de huit mois que Kleptomania avait splitté, et Dany Lademacher et Roger Wollaert se produisaient sur scène, de gauche à droite, dans divers groupes, sans jamais y rester bien longtemps.
C'était une véritable période de vache maigre. Il se dit même que pendant quelque temps, Dany vendit des cours d'informatique pour le compte d'IBM pour subsister.
Quant à Charlie Maker, il avait tout simplement repris son travail de barman aux Gémeaux. Le plus 'chanceux' restait sans aucun doute Wim Hombergen qui continuait à trimbaler sa voix et sa guitare dans bon nombre de clubs de Berlin.

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Armand Massaux

Cela faisait plusieurs semaines qu'Armand Massaux, l'ancien guitariste d'un des tout premier groupe de Rock Belge, les Night Rockers est en pourparlers avec Jean Jième et Paul André, patrons de l'Agence Century. Armand avait composé "Hello Sally", une chanson 100 % Rock qu'il interprètait avec son swing habituel.
Il voulait passer à la phase d'enregistrement. Il comptait sur les deux compères pour obtenir un coup de pouce dans ses démarches.

Jième et Paul croyaient en ce morceau. Ensemble, ils se mirent à la recherche d'une firme de disques. A la même époque, Roger Wollaert, lors d'une petite virée en ville, tombait sur Armand Massaux dans une boite de la porte de Namur. Les deux musiciens s"étaient souvent croisés, mais sans jamais se parler. L'un et l'autre s'estimaient, et, très vite, ils sympathisèrent et décidèrent de finir la soirée Rue de Stassart en face d'un spaghetti. Après quelques bières, Armand arriva à persuader Roger de l'accompagner à la batterie sur "Hello Sally".
Et quelques autres verres plus tard, les deux nouveaux amis envisagèrent même la perspective de former un nouveau groupe. Dès le lendemain de cette bouillante discussion, Roger s'en alla trouver Charlie aux Gémeaux et lui mit le deal en mains. Charlie brûla également de reprendre du service. Il ne lui fallut pas longtemps pour marcher dans la nouvelle combine. Pour prouver sa détermination, quelques jours plus tard, il se rachètait un nouveau matériel.

Armand s'en revint donc trouver Jième et lui annonça fièrement qu'il allait reformer un groupe avec deux anciens de Kleptomania et cela l'intéressa fortement.
Car depuis qu'il n'était plus le manager des Shakespeares, Jième rêvait de se retrouver à la tête d'un groupe charismatique. Ses origines de cinéaste y étaient certainement pour quelque chose. Il savait ce qu'est qu'un casting et il avait toujours considéré que les membres de Kleptomania avaient un look et une dégaine de vraies Rock Stars.
Il s'était dit que si Charlie et Roger se retrouvaient, il y aurait toutes les raisons d'espérer que Dany se précipiterait pour les rejoindre.

Certes, Armand étant plus âgé que les autres, certainement plus torturé aussi, n'avait pas leur dégaine. Mais cela n'empêchait pas que ce soit une pointure. En tant que guitariste des Night Rockers, il avait, avant tout le monde, connu le succès à Paris au Golf Drouot et à l'Olympia, au Twenty Club à Mouscron, au Rocking Center à Bruxelles et dans nombre de dancings de Hambourg. En conséquence, Armand pourrait bien servir de détonateur, susceptible de faire exploser la flamme artistique des anciens de Kleptomania, parfois un peu trop enfermés dans leur bulle musicale.

Un rendez-vous est pris à l'agence Century pour une réunion générale à laquelle sont conviés tous les protagonistes du nouveau projet: A l'ordre du jour, les modalités pratiques pour l'enregistrement de "Hello Sally", un planning de répétitions réparti sur trois mois et, au plus haut point crucial, le choix du futur répertoire. Roger mettant à disposition du groupe un local spécialement aménagé dans la maison de ses parents, Armand avait défini la ligne musicale qu'il aimerait emprunter.

Après concertation, Dany, Roger et Charlie furent prêts à se lancer dans un répertoire plus Classic Rock que du temps de Kleptomania. Car avec Massaux, pas question de se lancer dans du Free ou du Led Zeppelin. Pour la première fois de son histoire, les anciens musiciens de Kleptomania acceptaient de jouer une carte plus commerciale, que beaucoup attendaient.
A la fin de la discussion, Jième aborda le très délicat sujet du management. En effet, c'est Wilfried Britts qui avait découvert Kleptomania. Sans lui, le groupe n'aurait peut-être jamais démarré ni sans doute connu un si remarquable début de carrière.

Britts restait donc, en quelque sorte, leur père spirituel et Jième entendait continuer à entretenir des relations professionnelles cordiales avec lui. Mais il semblait que les musiciens aient eu provisoirement besoin de couper le cordon ombilical et ainsi de laisser respirer 'leur père'.

Armand fondait de gros espoirs sur "Hello Sally" et il entendait mettre toutes les chances de son côté. Il s'aperçut que le morceau sonnerait certainement mieux s'il était soutenu par des claviers, alors Roger évoqua le nom de Patrick Gysen, leur ancien organiste. Aussitôt contacté, Patrick n'hésita pas une seconde à se joindre une nouvelle fois à ses anciens copains. Et dès le départ, les répétitions se déroulàrent dans une ambiance de bonne humeur et de franche camaraderie.

Tandis que Juillet puis Août 1972 s'égrènaient tranquillement, le groupe se préparait pour une fracassante rentrée qui débuta par l'enregistrement au studio DES, Rue aux Fleurs, de "Hello Sally" avec la présence à la session de Roger, Charlie, Armand et Patrick Gysen.

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Le single sortit finalement sous le nom de Clint Silver, produit par Paul André.
Malgré une énergie folle, des interviews dans les principales émissions de la RTB, des contacts à Paris, "Hello Sally" avait bien du mal à décoller en raison du manque criant de promotion de la part du label et du peu de dynamisme des réseaux de distribution

Lors d'une réunion organisée à l'initiative de leur manager, les musiciens se rendirent compte que "Hello Sally" ne ferait pas carrière. Ils décidèrent malgré tout de continuer un petit bout de chemin ensemble. Pour mieux se fédérer, il leur fallut un nom, qu'ils n'avaient toujours pas trouvé car ils n'avaient surtout même pas cherché.

Jième leur demanda de se creuser la cervelle et de faire des propositions. Chacun y alla de ses suggestions et des dizaines de noms circulèrent sans séduire personne. Jième voulait un nom qui claque, qui soit facile à retenir. C'est alors qu'il surprit Charlie à crier "...Lee, au pied, couché..."! Lee était un magnifique berger Tervueren que le groupe venait d'adopter et qui avait jeté son dévolu sur Charlie qui adorait les animaux.
Lee sonnait bien, c'était court, et puis difficile de se tromper dans l'orthographe, donc, à l'unanimité, le nom de Lee fut adopté.

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Patrick Gysen

Quelques jours plus tard, survint un événement épouvantable: Sur une route secondaire, lors de la manœuvre maladroite d'un conducteur de machine agricole, Patrick Gysen perdit le contrôle de son véhicule et le percuta de plein fouet et Il fut tué sur le coup.
Lorsqu'il évoquait le souvenir de ce musicien talentueux fauché en pleine jeunesse, Roger Wollaert se rappelait combien il avait été frappé par la foule considérable d'amis venus se recueillir autour de sa dépouille. Paul André disait récemment encore combien il avait été impressionné par ses qualités de compositeur.

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Christian Duponcheel

Après le choc de cette brutale disparition, les musiciens ressentirent le besoin de remplir le vide cruel laissé par le départ de Patrick. Quelques jours plus tard, ils contactèrent Christian Duponcheel, l'ancien organiste de Lagger blues machine, en disponibilité.
L'ambiance n'était plus à la joie, Patrick était parti et Armand Massaux avait du vague à l'âme. En réalité, il s'en faisait énormément pour "Hello Sally". Sans doute avait-il le sentiment que ce disque représentait, en quelque sorte, un véritable tournant dans sa carrière? De son côté, Christian Duponcheel, à peine débarqué au sein du quatuor, se sentait un peu perdu et il essayait de trouver ses marques.

Les trois autres musiciens essayaient de faire bonne figure, de détendre l'atmosphère. Pour réunifier le groupe, Jième les avait convoqué pour réaliser un reportage photo. Il les avait réunit Rue des Pensées, en face de l'agence Century. Chaque musicien semblait déjà pressentir que les jours du groupe étaient comptés, du moins dans sa formule actuelle. Cela se sentit sur chacune des photos. Malgré beaucoup d'efforts, Jième n'arriva pas à extirper le moindre sourire de la part d'Armand.

Les répétitions s'en ressentirent. Ce groupe pour le moins hétéroclite, car constitué de musiciens venus d'horizons totalement différents, avait-il réellement sa chance d'exister ? Aurait-il pu se distinguer, faire carrière? On ne le saura jamais. Au bout de quelques jours, Dany, Roger et Charlie vinrent trouver leur manager pour lui expliquer qu'il devenait difficile de poursuivre les répétitions avec Armand.

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Sur le plan musical, les conceptions et les avis divergeaient de plus en plus. Les musiciens s'appuyaient également sur le fait que son caractère alterneait entre accès de colère et déprime. On pouvait sans doute supputer qu'Armand était entré dans une période de mini dépression ou tout simplement de ras-le-bol, ou peut-être même des deux.
La situation étant particulièrement délicate, remballer Armand aurait été l'enfoncer encore un peu plus dans son marasme et personne ne le souhaitait. Pourtant, il fallait bien que quelqu'un se chargea de lui parler.

Qui était le mieux placé pour le faire? Charlie, le temporisateur, courageusement, accepta de se charger de cette mission fort délicate.
Le lendemain, lors de sa visite au siège de Century, Jième consola Armand en lui rappelant qu'il n'avait pas été viré pour la simple et bonne raison que le groupe n'avait jamais démarré. De plus, n'avait-il pas obtenu ce qu'il souhaitait le plus ? C'est-à-dire enregistrer son 45 tours avec des musiciens hors pair?
Au fur et à mesure de la discussion, Armand repris du poil de la bête. En effet, Jième avait sa petite idée, il connaîssait un homme d'affaires qui souhaitait faire partie du monde du show-business et qui serait prêt à y investir de l'argent.

Jième alla donc persuader Serge S. de l'intérêt de trouver des partenariats à l'étranger pour "Hello Sally", qui restait un bon titre. Pourquoi ne pas aller le présenter à Paris ou dans d'autres capitales? Pourquoi ne pas rechercher une collaboration avec un label internationale?
Décidé à donner le coup de pouce décisif, Jième fila sur Paris retrouver Patrick Taton, directeur artistique chez Philips. Il lui fit écouter le morceau. Tout de suite, Patrick se montra intéressé et il se déclara prêt à remixer la bande originale, voire à la réenregistrer avec des musiciens de studio.

De retour à Bruxelles, les choses prirent tournure et Jième, qui n'avait nullement l'intention de cumuler son rôle de manager avec celui de producteur, organisa une rencontre entre Armand Massaux et Serge S.
Les deux hommes signèrent un contrat de production sur la base de "Hello Sally" et d'éventuels titres ultérieurs. Désormais, Armand disposait d'un appui inespéré en la personne de cet homme d'affaires, certes peu qualifié sur le plan artistique mais fermement disposé à mettre le paquet pour se faire un nom dans le métier.

Pendant ce temps, privé d'Armand, Lee se retrouvait sans guitariste, sans véritable chanteur et sans …organiste. En effet Christian Duponcheel n'avait pas survécu à la grande lessive.
Désormais, si Lee voulait avoir la moindre chance d'enfin exister, il lui fallait d'urgence un quatrième homme. Une fois de plus, Jième allait sauver la situation. En tant qu'ancien manager des Shakespeares, devenus Fynn Mc Cool, il avait gardé des contacts privilégiés avec les musiciens et notamment avec le flamboyant Mick Fowler.

Né à Londres, c'était un bon guitariste, un bon claviériste et un excellent chanteur. Avant de rejoindre Fynn Mc Cool, Mick avait appartenu pendant quelques mois en 1969 au groupe Grapefruit, patronné par Apple Records, le label des Beatles; formation dans lequel on retrouvait George Alexander, Pete et Geoffrey Swettenham et John Perry.

Jième apprit par le groupe que Fynn Mc Cool était en train de battre de l'aile. Il se renseigna aussitôt auprès de ses anciens amis. C'était vrai, le groupe avait décidé de prendre un peu de recul. Ce qui, en langage de musiciens, signifiait qu'ils étaient en train, tout bonnement, de se séparer.
Dès lors, Jième, qui n'avait jamais abandonné l'idée de créer un 'super good looking group', appella Mick Fowler et lui proposa de rencontrer Dany, Roger et Charlie à Bruxelles. C'était le moment ou jamais de tenter cette expérience qui le taraudait depuis si longtemps, rivaliser avec les groupes Anglais sous un angle triple: virtuosité musicale, présence et charme.

ImageMick Fowler

Lorsque Mick débarqua quelques jours plus tard en provenance de Londres, il assista à une répétition, et, très vite, les talents de soliste de Dany Lademacher l'épatèrent tout comme le savoir-faire des deux autres qui se donnaient à fond derrière leur basse et leur batterie. Fowler fut alors convaincu qu'il allait bien s'entendre avec le trio.
C'était reparti pour une nouvelle donne.

Mais Jième ne pourra pas mener son projet à terme car un événement familial grave allait le contraindre à renoncer provisoirement à s'occuper de Lee. De plus, il s'en rendait bien compte, Lee était un groupe qui allait exiger de plus en plus d'attention et surtout des moyens financiers.
Paul André, de son côté, partit sillonner la France et la Suisse dans le but de trouver des contrats pour Lee, qui ne pouvait pas, décemment, rester sans travailler.

Pendant ce temps, Jième entama une phase de négociation avec Serge S., qui depuis qu'il était devenu producteur d'Armand Massaux, prenait son rôle très au sérieux. Celui-ci expliqua que ses contacts avec Philips Paris et RCA Rome pour une sortie Franco-Italienne de "Hello Sally" étaient dans l'impasse. Les deux labels internationaux jouaient le même jeu, à savoir l'obliger à abandonner une grande partie de ses droits de producteur sous le prétexte que le disque devaiit être complètement réenregistré et donc remixé. Ce qui n'était nullement nécessaire.
Mais cette manœuvre permit ainsi aux majors de devenir les nouveaux producteurs et donc d'empocher le pactole en cas de succès.

Jième suggèra alors à Serge S. de reprendre le management de Lee et, après discussion avec les membres du groupe, il lui transmit leur liste des revendications: Mick Fowler exigea de remplacer les amplis Marshall par un tout nouveau matériel d'amplifications guitares et micros, de marque Orange.
Le groupe réclama également la garantie de sortir au moins deux 45 tours durant les six prochains mois. Sans compter l'acquisition d'un nouveau van et du renouvellement de leurs tenues de scène.
Après plusieurs semaines d'âpres négociations, dues à l'importance de l'investissement, Serge S. finit par signer avec les musiciens.

Au printemps 73, l'agence Century avait fermé ses portes. Jième avait démarré une collaboration avec Bernard Ker, et Paul André, comme il l'avait annoncé, gagna l'Hexagone où il retrouva Crespin, agent des Bongos, de Martin Circus, des Variations, de Joël Daydé.
Il s'occupa essentiellement des contacts avec l'étranger. Mais Crespin privilégia le placement des groupes Français au détriment des Anglais et les affaires stagnèrent.

Dans le bureau d'à côté, Paul se lia d'amitié avec Frank Eisenberg, le manager personnel des Bongos, qui connaissaient actuellement un énorme succès en France. Les deux hommes décidèrent d'unir leurs efforts pour placer les Bongos pour toute la durée de l'Eté dans les grandes discothèques, notamment du Sud de la France. Au lieu de négocier les contrats derrière leur téléphone, ils multiplièrent les rendez-vous afin de rencontrer personnellement chaque directeur d'établissement dans sa région.

Et les voilà partis sur les routes de France et les contrats se signàrent par dizaines. Leur périple les amèna jusqu'en Espagne à Benidorm et plus précisément dans une boite gigantesque de plus de trois mille places assises appelée le Cap 3000.
Le patron se montra sensible au fait de pouvoir engager les artistes sans devoir passer par Paris. Il le leur prouva en leur confiant la programmation complète du plateau pour toute la saison d'Eté. Paul et Franck placèrent une quinzaine de groupes et de vedettes comme Ulysse, Eddy Mitchell ou Jo Dassin, et Lee faisait partie de la distribution.

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Lee à Benidorm

Charlie: "...Début juillet, après quatre jours de voyage harassant en bagnole, précédé de nos deux roadies, qui eux conduisait un van Mercedes, on a donc tous débarqué à Benidorm. C'était un endroit incroyable. Ce méga dancing avait été dessiné et construit à l'échelle d'une gigantesque soucoupe volante. A l'intérieur on pouvait caser sept mille personnes debout. Il y avait une piscine énorme...
...A la nuit tombée, le dôme de la soucoupe s'entrouvrait sur un ciel constellé d'étoiles. C'était féérique. Pourtant notre arrivée au Cap 3000 n'a rien eu de féérique. Ca a plutôt été la douche froide. Car malgré les accords signés, le patron de la boite a bien failli nous remballer. Au bord de l'épuisement, nous étions assommés de stupeur. Quelle était cette mauvaise blague?...
...Mick Fowler et moi, avec beaucoup de diplomatie, avons demandé au boss de nous entretenir quelques minutes avec lui dans son bureau. Pour parer au plus pressé nous lui avons expliqué que nous avions roulé deux mille bornes pour arriver jusqu'à Benidorm et qu'il fallait qu'il nous héberge...
...Ensuite Mick, en bon british, a plaidé comme un chef pour que nous puissions dès le lendemain lui donner un aperçu de nos qualités de musiciens. Le patron a accepté le deal...".

Ils furent installés dans une sorte de buanderie avec des matelas par terre. Après une bonne nuit d'un sommeil réparateur, ils ont cherché à contacter Paul par téléphone, mais sans résultat. Pendant ce temps les roadies installaient le matériel sur une scène gigantesque.
Le style de musique sembla plaire au patron Espagnol qui les 'réengagea' sur le champ. Mais à une condition: assortir leur répertoire de quelques reprises supplémentaires. Lee rajouta quelques gros Hits du moment et, au second soir, le patron, ravi, décidait de les garder tout le mois.

C'était la belle vie, le groupe ne jouait qu'un soir sur deux. Le reste du temps, chacun était libre de faire ce qu'il voulait...
"...Etre musicien en 1973, en vacances, en Eté, en Espagne…. le pied! Une grande surprise, c'est quand on est tombé sur Wim Hombergen. Il passait ses vacances pas très loin du Cap 3000. Qu'est ce qu'on a été content de se revoir!...".

Juillet passé, Lee quitta l'Espagne pour la France et plus précisément Saint-Raphaël. Cette fois, la transition était nette, plus de dancing gigantesque, mais plutôt un petit club sympathique baptisé La Réserve. Le groupe y resta une quinzaine de jours.

À la mi-Août, la tournée se poursuivit: Christian Garcia, correspondant de Paul André et de Frank Eisenberg pour le Sud-ouest les avait placé dans un club de Tarbes. L'endroit était charmant avec une piscine édifiée sur le toit. Paul André se souvient des longues heures d'aubades aquatiques avec le groupe. Celles-ci demeurent à jamais pour lui des moments inoubliables de détente, de flirt et de dolce farniente.

Avant de rentrer au pays, Lee avait un dernier contrat à honorer: un week-end dans un club de Biarritz. Mais cette fois les choses ne se passàrent pas trop bien car, dès le début de leur prestation, le patron de l'établissement se plaignit. Il estimait que le groupe jouait trop fort. Les musiciens baissèrent le volume de leurs amplis, mais ce n'était pas suffisant et le patron continuait à rechigner. Paul tenta alors de lui expliquer qu'il aurait mieux fait d'engager un groupe de guitares acoustiques. Piqué au vif, le type le pris au mot et lui rétorqua: "...Vous avez sans doute raison, foutez-moi le camp tout de suite...".
Et voilà Lee débarqué, sans être payé bien sûr, et les musiciens sur le trottoir en train de râler de devoir remballer leur matériel...

En face du club, il y avait un très grand bistrot. Roger pris ses baguettes et une cymbale, Dany et les autres leurs guitares sèches. Ils entrèrent dans le bistrot et proposèrent au patron de les laisser jouer pour le fun et Lee se retrouva en train de jouer son répertoire sans le moindre matériel d'amplification.
Au bout d'un quart d'heure, le public du club se mit progressivement à remplir l'établissement. Si bien qu'une heure plus tard, la quasi-totalité des clients d'en face se retrouvèrent agglutiné dans le vieux bistrot populaire en train de taper dans les mains et de faire la fête aux musiciens.
Alors, le patron du club déboula furieux et parla de concurrence déloyale. Paul ne tarda pas à lui faire cracher le morceau: en fait ce patron détestait le Rock. ".Mais alors pourquoi toute votre clientèle se retrouve-t-elle ici...", répond Paul au bord de la crise de fou rire?

Enfin, à la fin de l'Eté, les musiciens, bronzés et fatigués turnt heureux de regagner Bruxelles.

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Quelques jours plus tard, ils investirent le studio DES où ils entamèrent l'enregistrement d'un single dont la face A "Come On Back To Me" s'est avérée être une affaire plus polie et commerciale (avec des handclaps) tandis que la face B "From L.A. To Chicago" était un Boogie Rock avec du piano.

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Plus tard, ils en réaliseront un second, "Back to the U.S.A." et "Agada", mais cette fois au Studio Morgan, sous le label Barclay.

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Roger Wollaert, Dany Lademacher, Charlie Maker, Mick Fowler

A la fin du mois d'Octobre 1973, Lee joua à Zaventem sur la scène de Forest National en première partie de Slade.
Charlie: "...En tant que musicien, la seule fois de ma carrière où j'ai pu monter sur la scène de Forest National c'est avec Lee. Il y avait huit mille personnes. On était en supporting act de Slade... Ce souvenir reste bien sûr inoubliable. Ceci dit il me laisse un léger goût d'amertume. J'aurais tellement aimé joué à Forest avec le répertoire de Kleptomania devant 'notre' public...".

Entretemps, Victor Tedeschi, un saxophoniste Suisse, ami de Mick Fowler (ils avaient joué un moment ensemble dans Fynn Mc Cool) était descendu sur Bruxelles à sa demande.
Son arrivée avait coïncidé avec les problèmes de Lee avec son manager. Les musiciens s'étaient retrouvé à loger à sept dans leur appartement de la rue Artan à Schaerbeek, constitué de deux pièces-cuisine. Victor n'avait donc pas eu l'occasion de souvent jouer avec eux. L'ambiance n'était pas vraiment au beau fixe. Certains jours, ils n'avaient qu'un bol de riz à se partager. Pourtant ils jouèrent ensemble à Forest National et puis ensuite aux Halles de Courtrai, en avant-première de Slade.

Après Forest, ils étaient restés dans la catégorie des salles de spectacle de prestige, puisqu'ils avaient joué aux Halles de Courtrai, dans l'auditorium de l'Université de Louvain et enfin au Théâtre 140, cette fois-ci en avant-première de the New-York Dolls et ils s'étaient taillés une belle part de succès.

Les tournées d'Eté de Lee n'avaient guère rapporté lourd à leur sponsor d'opérette et les factures s'amoncelaient: van, affiches, promo, traites pour le matériel, Serge S. se retrouvait aux abois. Criblé de dettes pour avoir tout investi à crédit, il n'avait établi aucune démarche significative pour trouver des contrats rentables pour faire vivre le groupe et leur permettre de rembourser leur part d'investissement.

La situation était rapidement devenue intenable, si bien que du jour au lendemain, l'ensemble avait été revendu en catastrophe.
Charlie: "...C'est alors qu'intervient Claudia Offer, l'ex-conjointe de John Valcke. En un minimum de temps, elle arrive à nous envoyer à Tarbes, puis à Saint-Raphaël à la Réserve, où nous avions joué au cours de l'été dernier...
...Puis c'est au tour de notre vieux copain et ancien roadie du Kleptomania, Serge Nagels de nous contacter pour nous proposer de venir jouer à Genève dans la boite de nuit dans laquelle il travaille...".

En 1974, Serge Nagels vivait à Genève depuis deux ans et il travaillait comme D.J. dans la discothèque le Midnight Rambler, qui appartenait à un certain Keith Richards. Il faut savoir qu'à l'époque, les Stones vivaient tous ensemble dans une grande villa située à Villard, sur les hauteurs de Lausanne.
Serge avait entendu parler des problèmes de Lee et comme le gérant Suisse de la boite engageait fréquemment des groupes, il lui avait fait écouter "Come on back to me" et lui avait montré leurs superbes affiches.
Tout s'était réglé très vite et ils avaient été engagés pour trois jours.

Charlie: "...Nous sommes partis, en plein Hiver, avec le matériel de feu Wallace Collection. Quand on est arrivé en Suisse, le camion peinait dans les montées. Il neigeait, les routes étaient verglacées. A un moment, il a calé dans une côte et s'est mis à reculer. Rien à faire pour le stopper. Quel flip!...
...On est tous descendu du van en catastrophe. On a essayé de freiner sa progression. A force de le pousser sur son flanc, il a opéré une rotation et s'est mis carrément en travers de la route. On en a profité pour pousser encore et encore, tant qu'on pouvait. Si bien que l'arrière du bahut s'est retrouvé devant. Le van est parvenu à franchir la côte en marche-arrière. A notre grand soulagement, on a pu poursuivre notre voyage...".

Lorsqu'ils avaient débarqué, ils s'étaient tout de suite mis à répéter et, cet après-midi là, ils s'étaient retrouvés en face du patron de la boite, Keith Richards, assis dans la salle, un verre de whisky dans une main et avec deux jolies filles sur les genoux. A la fin de la répétition, très cool, Charlie était allé échanger quelques mots avec lui.

Les musiciens n'étaient pas au bout de leur surprise. Un jour, ils voyaient David Bowie qui venait de se séparer de sa femme et qui éclusait au bar. Le lendemain c'était la famille au grand complet de l'Aga Khan. Des pilotes de Formule 1, des hommes politiques, des sportifs.
Tout le gratin de Montreux, Lausanne, Genève. Et bien sûr les Stones. Sans oublier des nanas de rêves, des tops modèles autant que des putes de très haut standing. Patrick Juvet était un habitué du lieu. Il en était à ses tout débuts, il sortait énormément et essayait se lancer dans le métier.

Lee avait joué trois jours. Le premier soir il n'y avait pas un monde fou. Normal, personne ne les connaissait! Mais après leur prestation, le bouche à oreille s'était tout de suite mis à fonctionner. Dès le lendemain, cela avait été la grosse foule et même la cohue, bref, un vrai triomphe.
Sur scène, c'était vraiment un très bon groupe de Rock, très impressionnant. Mick Fowler avait une voix envoûtante et le savoir-faire de Dany bluffait tout le monde. Bien sûr une partie de leur succès était dû au fait qu'ils jouaient pas mal de reprises que les gens adoraient, dont "Jumpin' Jack Flash" devant les Stones!

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Les derniers jours: Charlie Maker, Geoff Swettenham, Victor, Dany et Mick

Mais Mick Fowler leur avait aussi amené ses propres compositions. Notamment quelques morceaux qui avaient été des Hits à l'époque comme "Deep Water". Sur scène, les quatre musiciens se donnaient à fond. Ils avaient un look d'enfer.

Serge Nagels avait pu les faire engager immédiatement durant trois autres soirs dans une boite de Chamonix.
Le patron du Club avait retenu un chambre d'hôtel par musicien. Lee occupait tout un étage. De vraies stars. A l'issue des concerts, le patron de l'établissement était prêt à leur signer un contrat pour qu'ils reviennent en Février. Mais la vie en a décidé autrement...

Charlie: "...Le retour en Belgique a été pénible. J'ai failli m'endormir au volant et la bagnole a failli perdre une roue. On l'a échappé belle. Et comme bouquet final, un contrôle des douaniers belges qui n'avaient pas d'autre intention que celle de nous faire ch…".

Mick, jamais à court de ressources avait fait venir son copain Geoff Swettenham, l'ancien batteur de Grapefruit.

"...Une fois de retour, rue Artan, on a tous eu le sentiment que les choses ne pouvaient plus continuer comme ça. Roger a quitté le bateau. Mick a invité Geoff pour le remplacer. Après un concert et une télé mémorable, la formule avait fait son temps. Les Anglais sont repartis à Londres...".

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Dany, Charlie, Geoff Swettenham, Victor Tedeschi et Mick Fowler. Émission de la RTB : Quoi de neuf ? enregistrée aux studios Mathonet.

Mais, après deux rudes années passées à tenter de se faire un nom sur le plan international avec Lee, Dany Lademacher, Charlie Maker et Roger Wollaert se retrouvèrent à nouveau sur la touche. L'aventure avec Mick Fowler avait fini par tourner court. C'était un peu la déconfiture.

Mais déjà, depuis quelque temps, une idée germait dans les trois têtes: Pourquoi ne pas reformer Kleptomania? Pourquoi ne pas faire renaître la joyeuse équipe du passé? Certes avec deux ans de plus, ce qui signifiait avec davantage de pèche et de maturité. Une chose semblait bien établie: ils en avaient vraiment envie.

Charlie se proposa alors de rencontrer leur ancien manager Wilfried Britts qui les avait soutenus dès leurs débuts. Lors d'un premier rendez-vous, ce dernier fit preuve de méfiance et se montra circonspect. En fait, il craignait de revivre les mêmes galères qu'il avait vécues avec le groupe auparavant.
Mais, confronté à l'enthousiasme de Charlie, il finit par sortir de sa réserve. Il accepta de venir à une de leurs répétitions et là les choses se dénouèrent sans aucun problème. Il consentit à reprendre du service en tant que manager à la condition que Wim Hombergen qui se trouvait toujours à Berlin revienne se joindre à eux.

Charlie: "...Dès que j'ai vu que les choses prenaient tournure avec Wilfrid, j'ai demandé à Serge qu'il envoie un télégramme à Wim pour lui annoncer la reformation du Kleptomania. Trois jours plus tard, il était de retour chez lui...".

Au cours de l'Hver, le groupe répéta dans l'arrière salle d'un bistrot près de la basilique de Koekelberg. Ensuite, il s'installa dans la cave-garage d'un autre troquet, pour enfin aboutir aux Gémeaux. C'est là que la formation avait préparé la grande première du nouveau Kleptomania; rebaptisé Klepto pour faire peau neuve.

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Après quatre mois intensifs, les musiciens se sentirent prêts à remonter sur scène et Wilfried en parla à Piero Kenroll qui avait eu l'idée d'inviter quelques uns de ses lecteurs pour une après-midi-interview en leur compagnie.
Ces privilégiés avaient ainsi pu assister à une répétition générale du groupe. Cet instant fut important car il les confrontait à leur nouveau public devenu plus exigeant qui ne manqua d'ailleurs pas de leur apporter critiques et suggestions.

Le premier concert public avait eu lieu à Marcinelle aux alentours de la mi-Juin 1974. Hormis les membres du groupe, Klepto était accompagné de ses roadies Xavier Collin et de Serge Nagels ainsi que son cousin Alain en renfort.
Sans en avoir les moyens, le groupe espérait être à la hauteur des groupes internationaux qui utilisaient à l'époque plein de gadgets audio-visuels. Il avait d'abord pensé à utiliser des fumigènes pour créer une chouette atmosphère sur scène, mais il n'avait pas eu le temps de mettre la main dessus. Alors il s'était tourné vers une machine à fumées faite maison.

Charlie: "...Trois heures avant le concert à Marcinelle, Serge a rempli deux grands bidons d'eau qu'il a fait chauffer sur des réchauds électriques. Au moment propice, il avait été convenu que Xavier et Alain verseraient de la neige carbonique dans l'eau brûlante. Ce qui devait provoquer une réaction chimique en chaîne. Avec pour résultat la formation de volutes de fumée qui étaient sensées nous envelopper délicatement. Mais l'eau n'était pas à ébullition! La fumée est devenue tellement intense qu'on ne nous voyait plus du tout. Je ne parvenais pratiquement plus à distinguer le manche de ma basse. Que dire des autres ? Heureusement, le public ne parut pas trop surpris de nous entendre sans nous voir et nous réserva un accueil chaleureux...".

Une semaine plus tard, le 26 Juin 1974, Klepto s'était retrouvé aux Gémeaux pour une grande première Bruxelloise avec la participation de la presse qui était cordialement invitée. Il y avait tellement de monde que le pauvre Serge, péniblement installé derrière sa table de mixage, avait dû travailler à l'aveuglette la plupart du temps.

Le 28 Juin, le groupe était programmé à Verviers, à La Jument Balance. Ce soir-là, Roger avait voulu tenter une expérience, il avait pris du speed sans se soucier de la dose. Résultat une fois sur scène, il s'était mis à accélérer dans tous les morceaux.
Par moments, il allait tellement vite qu'il était devenu impossible de le suivre. Ce fut un sacré spectacle! Wim était furieux. Il lui balança: "...quand on prend des trucs pareils, il faut savoir les doser!!!...".

Le lendemain, pour un autre engagement, Roger était encore sous l'effet du speed. Fort heureusement, il avait réussi à mieux se contrôler et le concert s'était déroulé dans un meilleur climat.

Les garçons enregistrèrent ensuite quelques demos, dont le classique des Byrds des années 60 "So You Want To Be A Rock And Roll Star".

La tournée d'Eté suivant le planning, le groupe devait démarrer dès le 6 Juillet à Genève au Faubourg. Pour descendre ensuite sur Juan les Pins, pour les 8, 9 et 10 au Voom Voom. Et entre le 12 et le 21, la Réserve à Saint-Raphaël. Après, il était question de St Tropez du 22 au 24 et du 1 au 15 Août dans une grosse discothèque en Espagne.

Charlie: "...Pourtant tout a foiré. A part la Réserve! Que s'est-il passé? Prétextes, excuses et justifications de toutes sortes n'ont abouti qu'à un seul constat: le dégonflement de toute l'opération. Sur un mois et demi de booking prévu, nous avons pu sauver neuf jours à Saint-Raphaël; ce cher trou perdu de la Côte d'Azur où nous avions passé, l'été précédent, quelques solides soirées avec Lee...".
Durant ces neuf jours passés à la Réserve, les gars avaient pris le soleil, dragué les filles et expérimenté l'ensemble de leur nouveau répertoire.

"...Serge, qui avait gardé l'adresse d'anciennes bonnes copines, nous proposa d'aller passer quelques jours en Suisse… aux frais de la princesse...".
Logés, nourris, dorlotés, ils avaient passé du bon temps sans vraiment se rendre compte qu'ils brûlaient leurs dernières réserves.

"...Et lorsqu'il a fallu reprendre la route, on s'est rendu compte qu'on n'avait plus un sou pour remplir le réservoir de la camionnette. Il nous restait quarante-huit heures pour rejoindre Francorchamps ( 27 et 28 Juillet) où nous étions attendus pour les 24H du rallye...
...Alors on a fait la manche en jouant de la guitare dans les rues et on a tapé les copines de quelques dizaines de francs suisses pour nous permettre de repartir...
...Après un nouveau périple des plus harassants, assis ou à moitié couchés sur nos amplis, nous avons débarqué in extremis à Francorchamps, entité bien connue pour sa célèbre course automobile et surtout prétexte à une énorme fête de la bière...".

En effet, les visiteurs passaient plus de temps à boire sous le chapiteau qu'à assister aux performances des stars de la Formule 1. Parmi les divertissements, il y avait une kermesse géante où certains se prenaient pour les meilleurs pilotes du monde au volant de leur auto-tamponneuse.
Réparti sous divers chapiteaux, le public était invité à assister à des concerts avec des artistes de renom, tout style de musique confondu. Ainsi, juste avant leur passage, l'infortuné Frédéric François n'arriva jamais jusqu'au bout de sa prestation tant les mottes de terre pleuvaient sur la scène.

"...Un spectacle affligeant. Si on n'aime pas un artiste, on sort et on va boire un verre ailleurs. Bref, lorsqu'on a succédé au malheureux chanteur, il y avait tellement de boue sur la scène que j'ai pris une pelle du tonnerre. Sans rien me casser, heureusement. Bien qu'on soit mort de fatigue, nous avons fait forte impression et le show a été un véritable succès...
...Ce soir-là on s'est senti dans la peau de vraies vedettes. Même les gendarmes se pressaient pour nous demander des autographes. Fait marquant: la caravane qui nous servait de loge fut gardée en permanence par l'un d'entre eux. Si ces braves pandores avaient vu les joints qu'on se roulait, je me demande si nous n'aurions pas plutôt fini au mitard?..."

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Le Vendredi 16 Août, Klepto partit rejoindre les prairies boueuses de la petite localité de Bilzen pour un grand concert en première partie de Humble Pie et du Sensational Alex Harvey Band. Les responsables du timing du Festival étaient énervés, voire même agressifs car les diverses prestations des groupes avaient pris beaucoup de retard et visiblement, ceux-ci voulaient accélérer la cadence des groupes suivants.

"...Nos roadies n'ont pas arrêtés de se faire houspiller tandis qu'ils installaient notre matériel d'amplification sur le podium. Finalement à 16H25, le «nouveau» Kleptomania est monté sur scène pour affronter son public. Et d'emblée nous avons ressenti un immense bonheur. Le public ne nous avait pas oublié et nous a réservé un accueil chaleureux. Cet élan du public envers nous ne pouvait que nous porter. Nous avons proposé le meilleur de nous mêmes...
...Au bout d'à peine vingt minutes de show, un sifflement régulier du style pchiiit pchiiit a fini par attirer notre attention. Dans la coulisse, un type n'arrêtait pas de tapoter du doigt sur sa montre. Il nous intimait l'ordre de nous retirer...
...On n'a évidemment pas tenu compte de ses injonctions compte tenu que notre contrat prévoyait bel et bien trente minutes de spectacle. Quand on est descendu de scène, le type, furibard, s'est mis à nous invectiver. Mais le public continuait à nous applaudir et nous réclamait de plus belle. Que faire?...".

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Charlie lui lanca en criant dans la cohue: "...Allez, chef un dernier morceau!...".
Réponse: "...Non, non, non, neen, neen!...".
Pensant que ça ne pouvait pas se terminer comme ça, Charlie avait foncé sur les gorilles qui s'étaient mis en travers de l'escalier menant au podium et Dany, Roger et Wim avaient suivi.
Mais une fois remonté sur les planches, ils constatèrent que plusieurs micros avaient été débranchés., mais cela ne les a pas empêché de terminer en beauté avec le classique "Dust my Blues".
"...Ce dernier morceau reste un souvenir incroyable et extrêmement émouvant pour nous tous...".
"...Lorsqu'on est redescendu pour la deuxième fois, nous étions à deux doigts de la bagarre. Mais on n'avait pas tout vu. Pendant le rappel, les types du service d'ordre avaient vidé notre caravane et jeté nos affaires qu'on a retrouvées entassées devant la porte fermée à clef...
...Mais nous n'avons pas été les seules victimes de ces organisateurs peu accueillants. Lorsque Mungo Jerry est passé et qu'ils ont trouvé qu'il occupait le podium un peu trop longtemps à leur goût, ils n'ont pas hésité à carrément couper le courant!!!...Le groupe n'avait même pas voulu discuter et s'était retrouvé hébergé dans la caravane d'Humble Pie. Là, Steve Mariott et sa clique avaient entamé "In the Summertime", pour leur remonter le moral...".

Après son passage à Bilzen la presse (Jan Van Hemeledonck) avait écrit: "...Ces garçons doivent maintenant une fois pour toute avoir du travail chez nous. Ce serait assez triste s'ils devaient se séparer à nouveau du fait qu'il n'y a pas de pain à mettre sur la planche. Maintenant que nous avons quelque chose de solide, nous devons le garder!...".

Un soir que Charlie était au Pussycat, un endroit très à la mode à Bruxelles à cette époque, il avait aperçu Neil Young dans la salle qui était de passage. Comme sa Rolls Royce était tombée en panne, il était obligé de rester trois ou quatre jours, le temps des réparations.
Des responsables d’EMI Belgique voulaient lui coller une nénette dans les bras, mais il n'en avait rien à faire. Ce qui l'intéressait, c'était de trouver de l'herbe. Charlie lui avait dit qu'il allait s’en occuper et, dans la foulée, il lui avait proposé de venir voir jouer Klepto le lendemain aux Gémeaux pour le septième anniversaire de la boîte.

"...Le lendemain donc, un type de chez EMI vient jusque chez moi, chercher ce que vous savez et me confirme que Neil viendra nous voir jouer le soir. Dès l’annonce de la nouvelle, André Monin, le patron des Gémeaux, fait réserver tout l’étage pour Neil et sa clique de copains...".

A la fin du concert, Neil demanda à Charlie: "...Pourquoi chantez-vous en Anglais et pas dans votre langue?..."...
Quelle soirée ce fut!...

Quelques jours plus tard on pouvait lire dans le Télé-moustique: "...Surprise aux Gémeaux, le 4 Octobre 74 dernier avec la présence de Neil Young dans la salle, le chanteur était allé voir Burt Blanca au Pussycat, où il aurait été reconnu par Charly Deraedemaeker, lequel l'aurait emmené voir son célèbre groupe à l'anniversaire du Gémeaux qui est à la fois son quartier général et la salle de répétition du Klepto. Neil Young se serait bien amusé et serait même rentré dans un état avancé à son hôtel...".

Il fut un temps où Charlie avait joué le manager d’un demi-Klepto dans lequel Wim et Dany jouaient tous les deux à la guitare acoustique. Il essayait de leur trouver du travail, ce qui était plutôt dur en Belgique...
C’est sans doute pour cette raison que Wilfried Britts avait eu la géniale idée d’ouvrir le Klepto Bar, dans lequel Klepto était actionnaire... Cela dit, les musiciens n’en virent jamais la couleur!...

Le 8 Novembre 1974, avait eu lieu un très chouette concert au Beursschouwburg. Ils avaient intitulé leur spectacle le "Klepto and friends" car ils étaient toute une équipe de copains qui essayaient de monter des shows à la fois complets et variés.
Au programme, il y avait une première partie acoustique suivie d’une seconde en électrique et tout cela avec la participation de nombreux musiciens belges. Le tout couvert par un superbe light-show signé Jacques Delhez (Dozy).
Dans l’ensemble, la soirée se déroula sous le signe de la franche déconnade.

C’est là que Klepto fit la connaissance de l’agent Anglais Terry King (représentant de Genesis) qui les engagea pour une tournée de quinze jours au Royaume-Uni, avec à la clef la promesse d’enregistrer un nouveau single.

Ils partirent le matin même du jour de notre premier concert.
Après une traversée en hovercraft sans problème, le reste du voyage sur les routes anglaises fut un véritable chemin de croix.
Xavier, Jean-Claude et leur technicien intérimaire Patrick Cognaux, ancien bassiste de Waterloo et de Pazop étaient partis la veille avec le camion. Ils furent soulagés de voir les membres du groupe arriver à bon port.

Ils jouèrent dans un collège, devant un public peu nombreux mais qui apprécia néanmoins leur style de musique.
Après un robuste breakfast, ils repartirent pour Londres. Après quelques problèmes dûs à l'éclatement de l’un des pneus de la voiture, ils arrivèrent sains et saufs.

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L'hôtel très "Old style à l’Anglaise" avait un aspect chaleureux et un représentant de l’agence de Terry King les avait ensuite emmenés à Finchley Road dans un local de répétition, où les attendait le producteur Anglais, Graham Field.

"...Graham qui, auparavant, avait écouté plusieurs de nos compositions sur une bande démo, tenait à ce que nous rejouions ces morceaux en live. Il a fini par en sélectionner quatre...
...Le News CBS Studio se trouvait au quatrième étage de l’immeuble. Je me rappelle combien nous avons été soufflés par le technicien et le matériel mis à notre disposition. Rien à voir avec ce que nous avons toujours connu en Belgique...".

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Ils ont alors enregistré en une seule journée un single qui est sorti en 1975 sur le label Anglais Kingdom. "Mean Old Man" accompagné de "Back To The Country" (effectivement Country!) qui ne génèrait qu'un soupçon de la puissance et de l'énergie de leurs concerts et ne faisait donc pas grande impression.

Dès son arrivée à Londres, Charlie passa un coup de fil à Mick Fowler et à Paul Wood, et Mick et Charlie eurent énormément de plaisir à se retrouver.

Charlie: "...Le concert du soir avait lieu au fameux Marquee Club. Entre la balance son de l’après-midi et le concert du soir, nous avons rencontré plusieurs copains belges comme Alex, qui vivait avec une copine Anglaise, Marc Herouet (ex-Wallace), qui était là pour le business et Christian Ramon, tout ça dans un bon petit resto Chinois...".

Le soir, le concert fut brillant face à un public réceptif et enthousiaste. A la fin de leur prestation, Terry King était venu les engueuler en disant: "...vous avez accordé trois rappels. C’est trop! Deux sont amplement suffisants...".
Il faut toujours laisser le public sur sa faim...
Par contre le lendemain, au Speakeasy, leur premier passage fut nettement moins glorieux. Le public paraissait blasé. Les spectateurs étaient là uniquement pour draguer les filles agglutinées au bar. Sur ce qui se passait sur scène, ils n’en avaient rien à faire.
Les choses s'étaient complètement arrangées lors du deuxième passage.

Quant aux autres concerts,ils s'étaient bien déroulés, en particulier dans un collège de la région londonienne où organisateurs et responsables les avaient accueillis avec une gentillesse incomparable, cela leur avait fait chaud au cœur.

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A Chester, une charmante petite ville au demeurant, Klepto jouait dans un club dancing ouvert tous les jours de huit heures du soir à une heure du matin.
Charlie: "...L’herbe est logiquement interdite mais les jeunes ne se soucient guère de ce que fume son voisin. Je me rappelle avoir fumé avec des gars qui, calmement, roulaient leurs joints devant le bar en buvant une bonne bière anglaise...
...Xavier nous avait procuré dans la loge des thaïs sticks, confectionnés avec une herbe très pure. Je ne me suis pas privé d’en rouler un solide. Après, je ne savais plus où courir...
...Dany, ce soir là, a bien fait cent cinquante fois le tour de la pièce. J’avais un peu exagéré sur la dose, c’en était presque devenu une overdose...".

Si leur prestation ne fut pas l’une des meilleures, malgré tout, ils s’en étaient bien tirés. Le public avait apprécié et le groupe s’était créé une foule de contacts avec des gens sympas.

Le dernier concert avait eu lieu à Birmingham. A l’entrée, tout le monde se faisait contrôler avant de pénétrer dans la boîte car la veille, il y avait eu des menaces d’attentat à la bombe.

Après l’Angleterre, Wilfried avait commencé à se désintéresser du groupe. La principale raison était qu’il s’obstinait à vouloir imposer un chanteur dans le groupe. Il était persuadé que sans chanteur, Klepto n’arriverait jamais à se positionner sur le plan international.
"...A un moment, il a été question que Mike Patto devienne ce chanteur clé qui nous manquait. Mais comme bien souvent, la messe était dite...
...Pour ma part, Klepto était bien comme ça, mais bien sûr si je m’étais trouvé «on stage» avec Mike Patto ou un autre, cela ne m’aurait pas dérangé non plus!...".

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Walter de Paduwa

"...A la même époque, nous avons rencontré, via Dany, Walter de Paduwa, «notre beau frisé». C’était l’ancien DJ du Big American Disaster. Dany nous l’a présenté en disant: il n’a jamais chanté, mais aimerait bien essayer. C’est vrai qu’il avait la gueule de l’emploi.
On a fait des essais. On a répété quelques morceaux avec Walter. On avait convenu de continuer à jouer notre répertoire habituel et puis, à la fin, d’inviter Walter sur scène pour terminer en beauté...".

Pendant que les musiciens travaillaient en ce sens, était arrivée l’opportunité d’une nouvelle tournée Anglaise. Il avait même été question que Walter puisse y participer, mais ils n'étaient pas prêts.

Cette seconde tournée ne s’était passée comme prévue car personne n’avait tenu compte des problèmes rencontrés l’année précédente. Pour commencer, le manager Wilfried Britts avait décrété qu’il ne les accompagnerait pas. Jean-Claude était en période d’examens et ne pouvait pas les accompagner mais il leur avait aimablement prêté sa camionnette pour la tournée.
Patrick, lui, avait retrouvé du travail en tant que musicien, donc ils avaient dû le remplacer par un autre manipulateur de boutons, un certain Daniel, surnommé l’araignée ou mieux encore Jeff acide.

"...Il avait participé à quelques concerts avec nous et on avait remarqué que, durant les breaks, il aimait bien s’envoyer en l’air...".

Pour commencer la liste des galères qui allaient suivre, à l'arrivé à Dunkerque, il n'y avait plus de places dans aucune compagnie maritime abordable, sauf une première classe (qui n’avait première que le nom) et qui les transporta sur une mer démontée.

"...On est descendu dans un petit hôtel à Onslow Garden. On s'est retrouvé dans deux minis appartements où nous pouvions faire notre bouffe nous-même. Une fois installé, tout le monde s’est écroulé sur les lits. Malgré la fatigue, je suis parti avec Daniel pour Wardour Street, adresse de l’agence de Terry King. Celui-ci nous a conduits sur le lieu de notre futur concert du soir. Ce n’est qu’après cette mission que j’ai regagné l’hôtel pour y piquer un petit roupillon. Le soir, durant le concert, on était encore tous gagnés par la fatigue du voyage...".

Le lendemain, ils étaient aller se promener à Hyde Park et visiter quelques bons vieux pubs Londoniens.

Le concert suivant était prévu à Nottingham, mais le camion transportant le matériel n'arriva jamais car son moteur avait rendu l’âme, et le groupe ne le sut que bien plus tard.
L’organisateur avait alors dit aux musiciens qu’il était désolé mais qu’il avait dû faire appel à un groupe de remplacement.

Dans leur hôtel, les gars s'inquiètaient car ils n'avaient pas de nouvelles du camion, et pas un franc pour payer les nuitées.
Rassuré après avoir, enfin, reçu un coup de fil du chauffeur, sain et sauf, Charlie réagit pour les chambres:
"...Soudain, il me vient une idée. J’appelle Mick Fowler à Londres et lui explique la situation. Bien qu’il soit déjà onze heures du soir, il me dit; «...0k, je serai là dans moins de deux heures...»...
...On est tous là, hébétés de fatigue, de faim et de froid attendant que Mick vienne nous sauver de cette poisse. Ce n’est pas tout, le patron de l’hôtel exige d’être dédommagé pour les quelques heures passées dans nos chambres...
...Heureusement, Mick arrive enfin et se fait passer pour le responsable d’une firme imaginaire, la Kingdom Records. Il rassure l’hôtelier et lui assure que les frais seront réglés, une fois arrivés à Londres...".

Mick les hébergea gracieusement dans son petit appartement et malgré cela il y en avait encore certains qui se plaignaient car ils devaient dormir à même le sol.
"...Personnellement, je ne remercierai jamais assez Mick de nous avoir extirpé de cette merde invraisemblable...".

Le Lundi suivant, Terry leur conseilla de louer un autre camion pour terminer cette tournée; ô combien désespérante.
Tout se déroulait normalement (camion de location, mêmes villes, mêmes salles, mêmes publics).
Mais Roger avait contribué à les replonger dans la poisse:
"...A six heures du matin, un rien éméché, il ne trouve rien de mieux que de jouer à saute-moutons au-dessus des parcmètres. Et ça ne rate pas. Il se paie un magnifique plat, tombe sur son poignet et… crac!...
...Je le ramasse, l’amène à l’hôpital où, au milieu de tous les poivrots du coin, je l’attends durant une heure et demie...
...Roger ressort avec un joli plâtre à son bras. Je lui dis qu’on peut mettre un point final à cette damnée tournée. Il dit qu’il est encore capable de bouger ses doigts. Arrivé à l’hôtel, il doit bien constater que la douleur a raison de son optimisme...".

Après un bref déjeuner, ils avertirent Terry King...
Dans l’urgence, il fallut trouver un endroit pour entreposer le matériel, ensuite ramener le camion de location.

Appelé au téléphone, Wilfried déclara qu’il se lavait les mains de tout cela. Il avait de toute façon l’intention de laisser tomber le groupe. Il refusa d'envoyer le moindre argent et il raccrocha...
Finalement, c’est Terry qui leur prêta de l'argent et proposa d’entreposer le matériel dans ses bureaux.
Ensuite, retour à Bruxelles dans les plus brefs délais.

Quelques jours plus tard, Charlie se retrouva dans les bureaux de Wilfried Britts. Ce fut bref, Wilfried annonça qu’il renonçait à Klepto, qu’il en avait assez de manager des groupes et qu’il préfèrait désormais s’occuper de son bistrot, le Klepto Bar.
Le groupe ne s’en découragea pas pour autant. Le temps que Roger se soit rétabli et les répétitions reprenaient.

Charlie: "...Ce ne fut pas de la tarte: manque de contrats et en plus je devais me taper le management du groupe tout seul. Me voilà donc parti pour la Hollande pour un travail de prospection. Arrivé à Amsterdam, je parviens, grâce au soutien d’Antonio et Fernando (ex-Jess and James), à dégoter un engagement au Melkweg. Les frères Lameirinhas avaient pigé depuis longtemps, que personne ne les aiderait en Belgique. Plus malins que nous, ils avaient reformé un band, le Sail Yoya avec des chanteuses et des musiciens de métier dont certains issus du mouvement alternative rock...".

Tony et Wando jouissaient d’une excellente réputation là-bas et ils avaient déjà pas mal de popularité. Lorsque Klepto vint jouer au Melkweg, le concert fut apprécié mais il n’avait pas ramené d’autres contrats. De toute façon, les musiciens n’auraient pas été vraiment d’accord de quitter la Belgique.

Klepto poursuivit donc son petit train train jusqu’au jour où sa route croisa celle de Marc Hermant.
Charlie: "...Je l’avais rencontré dans une boîte de nuit et je dois dire qu’il a eu du mal à me convaincre de nous prendre sous son aile protectrice. J’ai été jusqu’à lui dire que je ne le croyais pas capable de s’occuper de show-business! En homme d’action, il a décidé de relever le défi...".

"...En attendant de voir venir, Dan, Wim et moi sommes partis nous mettre au vert pour un mois, dans une superbe maison de campagne. Ce qu’on a pu prendre comme bon temps!...
...Roger n’a pas voulu être de la partie, préférant ne pas laisser sa petite femme toute seule à Bruxelles. Puis, il a trouvé du boulot au marché aux puces avec Madame. On a été obligé de le remplacer. Ce fut Jean-Pierre Onraedt, un excellent batteur de studio, très sympa, qui assura l’intérim. Ensemble, nous avons participé à des galas très réussis. Je pense qu’il aurait dû avoir sa place dans un band international...".

Rectification de Roger Wollaert le 5 Septembre 2010: "...Charlie semble avoir oublié que la véritable raison qui m'a poussé à ne pas continuer à jouer avec eux résulte surtout d'une profonde mésentente entre Hermant et moi. On n'avait aucune affinités l'un pour l'autre...".

Marc Hermant leur trouva bien quelques contrats de-ci, delà, entre autre dans la boite de nuit, le Vaudeville.
"...Nous devions nous produire plusieurs jours de suite avec un chanteur à la noix, qu’il nous avait imposé. Sans doute comptait-il le lancer? Le fait est, qu’au bout de la semaine, ce brave garçon a vite fait sa petite valise...".

La dernière soirée avait à ce point désastreuse que Dan avait quitté le podium.
"...Je ne me suis jamais senti aussi malheureux sur scène de ma vie!...".

"...Marc, qui occupait le poste de directeur de presse à l’ULB, nous a permis de travailler dans un local au sein de la faculté et puis ensuite dans un auditorium. C’était génial pour les répètes. On a également pu y organiser quelques petits concerts qui ont bien marché...".

Ensuite, les musiciens étaient passés en studio pour enregistrer quatre titres pour le compte de Marc Hermant. Notamment, une composition de Chatlie conçue pendant la période où le groupe était au vert dans les Ardennes.
"...C’était un morceau funky qui m’a permis de m’inscrire à la Sabam au titre de compositeur. Une première pour moi...".

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"...Ce morceau baptisé "Just a little minute to go" est finalement sorti sous le nom bidon de Grant avec une pochette tout aussi bidon, alors que je m’attendais légitimement à ce qu’il le soit sous le nom de Kleptomania...".

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"...Finalement ce seront "Rock and Roll" et "Don’t tell lies", une double création de Dan et de Wim, qui figureront sur ce qui deviendra le tout dernier single de Klepto. Pour moi, ce fut l’un de nos meilleurs 45 T. La critique dans la presse fut honorable...".

Par contre, Piero Kenroll se montra mi-figue, mi-raisin dans son compte-rendu:
«...Pas original le titre du nouveau morceau de Klepto, "Rock and roll", mais c ‘est bien de ça qu’il s’agit. C’est entraînant à souhait et pourrait facilement devenir le plus gros succès du groupe à ce jour. C’est Dany qui chante, mais il a autant d’accent que Wim et cela reste le plus gros problème du Klepto pour arriver à percer à l’étranger mais pour nous c‘est ok...».
Quoiqu’il en soit, le disque n’avait pas marché, si bien que Hermant avait eu bien du mal à leur trouver des engagements... De plus il venait d’être licencié de l’Université…

"...Je reprends mon bâton de pèlerin et repart sonner aux portes. Je tombe sur Jo Dekmine, le directeur du Théâtre 140. Il me parle d’une tournée de sept semaines en Tunisie. Je cours en parler aux autres. La réponse: «Vaut mieux partir que rester à galérer!». Cette fois Roger est revenu et on est parti ensemble...".

"...Nous voilà donc partis pour la Tunisie avec tout le matos et les femmes de l’époque de chacun des musiciens. Une fois sur place, il nous a fallu une semaine pour dédouaner le matériel, ça commençait bien...
...Nous jouions dans différents clubs tunisiens, de très belles vacances pour tout le monde. Pour le reste, rien d’intéressant à part une terrible insolation avec quarante-deux de fièvre pendant trois jours en ce qui me concerne. Et tout cela à cause d’un aller-retour en stop à Tunis pour toucher du pognon pour le band...
...Arrivé au camp je ne savais plus si j’avais encore des jambes tellement j’étais affaibli. Nous devions jouer le soir même et nous avons décidé de retarder les concerts de trois jours, le temps que je récupère...
...Le jour du départ, comme d’habitude je m’occupe du matériel avec Christian en espérant le retrouver à notre arrivée à Bruxelles en même temps que nous...
...Je demande aux organisateurs si tout est OK? On me répond que tout est en ordre. Et bien, figurez-vous qu’il a fallu attendre un mois pour retrouver notre matos… qui est finalement arrivé à Bruxelles en plusieurs tranches...".

Malgré un dernier concert à jouer au 140 pour Jo Dekmine, Wim et Roger avaient refusé d’y participer. Que faire sans matériel? Cet événement déplorable avait fortement contribué à accélérer la fin de Kleptomania.

En désespoir de cause, il fallut trouver deux musiciens de remplacement:
"...J’ai donc demandé à Sun House de le faire. Le groupe a joué quelques morceaux de son répertoire et puis Dany et moi on les a rejoints sur scène pour faire une jam avec eux...
...J’ai vraiment pris mon pied avec Alain à la basse avec qui je me suis éclaté, avec Michel et Dany à la guitare. Michel, peut être le seul blues man de notre beau pays. Il y avait Jean-Luc à la batterie, Bob de Marais aux cuivres, Sax et Jean-Jacques au piano. Nous n’étions que deux à représenter le Klepto pour son concert d’adieu. Mais ce fut une grande soirée! Et par la même occasion, la fin de Klepto qui je pense, fut un grand band...".

N.B.: les deux derniers singles, sortis sous le nom de Klepto, prouvaient que le groupe s'était éloigné encore plus de ses racines Heavy.

Probablement désillusionnés par beaucoup trop de malchance, les gars s'étaient tous effondrés en 1976 lorsque tous les membres impliqués avaient décidé de jeter définitivement l'éponge.

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Néanmoins, en 1979, l'album inachevé de 1971 (l'original du pressage privé néerlandais sur le label Flame) a fait l'objet d'une sortie posthume (bootleg à pochette blanche sur 500 copies) aux Pays-Bas sous le nom de "Elephants Lost", sans le consentement du groupe.

Seuls quatre morceaux avaient été terminés, mais ils montrent un groupe capable de jouer un bon rock lourd ("Moonchild" et "Stop") avec parfois un jeu d'orgue plus subtil ("Travel" et "Visit For Above"). Toutes les autres chansons étaient des improvisations et des jams de studio.

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Cependant, le nom autrefois vénéré de Kleptomania a été maintenu en vie par la sortie d'un double CD éponyme de compilation en 1995.
Il contenait tous les enregistrements (dont beaucoup d'inédits!) que le groupe avait faits entre 1970 et 1976, à l'exception des singles de Lee.
Mais il est juste de dire que cette sortie bien intentionnée a atteint son but et a sûrement rendu beaucoup de gens heureux.

Il y a deux dates référencées, 1971 et 1972.
A l'origine, publié comme un album qu'aurait pressé le label privé Flame.
Bien qu'il apparaisse construit en 1979, peut-être cette date se réfère-t'elle plutôt à la sortie non-officielle intitulée "Lost Elephants".

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En 2006, une autre édition, Allemande celle-là, sur le label Amber Soundroom est également sortie sous le titre "Lost Elephants".
Mais cette fois, il s'agit d'une édition double. Le premier disque contient du matériel qui est probablement de la plaque d'origine. D'autre part, on y trouve une compilation de la plupart des singles (les cinq singles) enregistrements faits en 1969-1975.
Sur ce disque, la règle du jeu Heavy improvisé a sans doute grandi de la fascination des réalisations de Black Sabbath. Ces sons hypnotisent du début à la fin.

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En 2014, parait une nouvelle édition de "Elephants Lost" sur le label Pseudonym...

A noter qu'en Octobre 2004, pour promouvoir une foire aux disques à Bruxelles, un cd-single Kleptomania avec "Kept Woman" et "I Got My Woman By My Side" a été distribué gratuitement...

Que sont-ils devenus?
Leur manager, Wilfried Brits, travailla avec un nouveau groupe, The Misters, en 1978.
Roger Wollaert entra très brièvement dans le groupe Cos.

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Il enregistra aussi l'album "Sunhouse" avec un groupe de Jazz-Rock Fusion du même nom en 1977.

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En 1983, Roger a sorti un album avec quelques membres du groupe Néerlandais Kayak ("Europe" sur CBS records).

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Tandis que quelques années plus tard (1987), il a également joué sur "The Cry Of Pleasure" de Machiavel et a également joué de la batterie lors d'une poignée de concerts avec eux, en remplacement de Marc Isaye.

Wim Hombergen ouvrit l'Hospice, un bistrot situé rue de l'hospice Communal dans la charmante commune de Watermael-Boitsfort.

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En 1999, Hombergen enregistra "The Nevergreens – Vol. 1", un mini-Album de 6 titres.

Charlie Maker recontacta Walter de Paduwa qui, à l'époque de Klepto, avait participé à plusieurs de leurs prestations en tant que chanteur.
Walter se montra enthousiaste à l'idée de participer à un groupe qui réunirait Charlie et Dany Lademacher.
En 1976, le trio se chercha un nom. Ils optèrent pour Squeeze.
Jan D'Haese, nouveau et jeune producteur chez EMI, se montra enthousiaste si bien qu'il fait écouter la bande à son boss Jeff De Boeck.
Résultat positif puisque la firme signa un contrat d'enregistrement... pour un album.
Restait à trouver un batteur. En Belgique, ils n'y avait personne de disponible. Dany lança alors un appel d'offre sur le marché Hollandais.
Au bout de quelques jours, ce dernier reçoit un coup de fil de Kees Meerman, batteur de Herman Broods's Wild Romance. Il l'informe qu'Herman cherche un nouveau guitariste.
C'est une proposition tout à fait impossible à refuser. Dany partit aussitôt pour la Hollande. Il ne savait pas encore qu'il venaitt de mettre les pieds dans ce qui sera la grande aventure professionnelle de sa vie de musicien.
Il faut souligner que Dany rassura tout le monde en déclarant qu'il participerait pleinement à l'élaboration de l'album.
Il honorera pleinement sa promesse en ramenant avec lui le batteur Kees Meerman.

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Walter de Paduwa, Kees Meerman, Dany Lademacher, Charlie Maker

EMI avertit les musiciens qu'il existait dejà un groupe Britannique qui s'appelle Squeeze. C'est alors que Walter pense à T.U.S.H.
Charlie: "...Si on a rajouté des points après chacune des quatre lettres, c'est pour mieux brouiller les pistes. C'est Walter, un vrai fana de ZZ Top, qui en a eu l'idée à partir d'un des titres de leur album...".
L'album à peine achevé, Walter et Charlie se retrouvent face à un terrible constat: T.U.S.H. est totalement inconnu puisqu'il n'est jamais monté sur scène, faute de combattants. (Dany et Kees sont repartis pour Amsterdam), et la firme tarde à sortir le LP.
Durant de longs mois, Charlie et Walter se demandent quel sort s'acharne sur eux ? Eux, qui misaient sur le succès de leur album, espéraient en secret que Dany revienne pour se joindre à eux. Mais il n'en est rien!
Comment gagner sa vie dans de telles conditions? C'est la grosse galère!
En Mai, Dany et Kees font un saut à Bruxelles et se prêtent volontiers au jeu des photos pour la promo de cet album qui n'en finit pas de se faire attendre.
Ensuite, on les retrouve réunis à quatre dans les locaux d'EMI pour une émission filmée intitulée Rock en Belgique. Ceci reste un document exceptionnel.
Ce n'est qu'en septembre qu'EMI lance enfin son feu vert….

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Un peu tard ! Intitulé "Were Just Boys", l'album sort, affublé d'une pochette complètement ratée. Elle présente en plan buste Charlie et Walter, collés l'un à l'autre. Ridicule !
Charlie: "...L'album aurait dû sortir en fixant l'attention sur le nom pour le moins original de T.U.S.H. et pas sur nos portraits à tous les deux Ça faisait penser à tout, sauf au Rock'N'Roll...".
L'album fut distribué en Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne.
Charlie: "...C'est fou ! Avec Klepto, on a réalisé des tas de disques qu'on a très peu vendus alors qu on a participé à des masses de concerts ; autant avec T.U.S.H on a vendu près de vingt mille exemplaires, mais on n'a jamais fait de concerts. Encore une belle anomalie du show- business!...".
Juste après la sortie du LP, EMI décide de sortir "No No No" en single.
Charlie: "...Je pense sincèrement qu'une ballade comme Jeffrey, aux consonances Eagles aurait davantage séduit les DJ.que No, No, No...".
Charlie décida de prendre le taureau par les cornes: Pour remplacer Kees Meerman à la batterie, il fit appel à Driek et pour Dany, il donna sa chance à deux jeunes guitaristes de Tervueren, Franky Tommelein et Pieter Van Leeuwen. Ensemble, ils participèrent à un show télévisé mémorable dans le cadre de l'émission de la BRT, Tienerklanken.
Une de leur dernière prestation publique se déroula le 26 Mai sous un chapiteau à Watermael-Boitsfort. C'est l'ex-guitariste du Klepto, Wim Hombergen, qui avait organisé l'événement.
Il avait fait appel à plusieurs groupes de Rock de manière à terminer le show en beauté avec une jam monstre qui réunit les quatre membres originaux de Klepto.
En Juin, la firme EMI sortit un second single avec en face A une version Rock du célèbre hit des Equals, "Baby Come Back".
Walter de Paduwa: "...Si les choses avaient mieux tourné avec les nouveaux musiciens ou si nous avions connu un quelconque succès d'estime, je pense que j'aurais continué. Mais ça n'a pas été le cas. J'admets avoir été le principal déclencheur de la fin de T.U.S.H...".
Charlie avait tenté de continuer avec les autres musiciens rescapés. Franky Tommelein était devenu chanteur et avait appelé le nouveau groupe Superhuit.
Ensemble, ils avaient travaillé des mois à créer de nouveaux morceaux. Une bande demo avait été réalisée dans le studio privé d'Alfie Falckenbach avec l'apport de Chris Ramon, ingénieur du son.
Le jour où Superhuit fut convoqué pour s'engager par contrat chez Alfie, un des guitaristes brilla par son absence. On le chercha un peu partout. Il n'était pas loin, sinon dans le café d'en face. Mis devant ses responsabilités, ce dernier refusa de signer !
La messe était dite.


Pour Dany, l'offre de rejoindre Herman Brood & His Wild Romance fut la percée dont il a finalement besoin.

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Cha Cha

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Shpritsz

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Go Nutz

Il joua jusqu'en 1981 (sur trois albums) avec le groupe et écrivit un grand nombre de Hit-singles.

Entre Mai et Juillet 1980, Dany produisit le disque à succès de Machiavel "New Lines" (on peut l'entendre sur la réédition du cd en train de jouer une longue jam avec le groupe) et dans le même studio, il travailla également sur ses propres chansons.
Une autre de ses productions à succès est l'album "Black Out" de The Kids en 1981.
La même année fut la sortie du véritable album solo de Dany: "Lademacher's Inner Sleeve" avec Wollaert à la batterie, qui s'avéra être un album de rock grand public.
Un autre groupe de Rock Néerlandais qui demanda à Dany de se joindre à eux est Vitesse en 1984 et on peut l'entendre sur leur album "Keepin' Me Alive" en 1985.
Dans les années 90, Lademacher joua avec The Radio's (4cd's), Xander De Buisonjé et Paris Dandies.

Wim, Roger, Charlie et Dany donnèrent un concert le 8 Février 2008 à Watermael-Boitsfort.

Charlie Deraedemaeker est décédé en aout 2010 des suites d’une longue maladie.

Sources: beestie, memoire60-70, Les Mémoires de Charlie Maker et une interview avec Jean Jième
Modifié en dernier par alcat01 le mar. 14 sept. 2021 15:42, modifié 66 fois.
“Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.” Robespierre.

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Re: KLEPTOMANIA (Bio)

Message par lienard » ven. 3 sept. 2021 17:52

Pour les avoir vus un gros tas de fois, je confirme qu'à l'époque, ça pétait le feu .. :super:

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Re: KLEPTOMANIA / LEE / KLEPTO (Bio)

Message par alcat01 » mar. 7 sept. 2021 09:30

Le problème principal se trouve dans le fait qu'il y a un manque flagrant d'enregistrements; quelques singles et un seul LP, c'est bien trop peu pour les fans!
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